Monthly Archives: December 2005

Bloglist

Liste sans cohérence aucune, faite des blogs que j’aime et que je lis, non-exhaustive… Sans ordre non plus, juste des liens, des commentaires, des coups de coeur… Cinq blogs par jour, histoire de faire le tour de la question le plus vite possible.

Mise à jour le 08/12/05

08.12.05

  • Une autre vie de Tatou: intime, souvent émouvant et drôle, Tatou est une personnage, un vrai.
  • Vagabondages: un très bon blog sur la bibliothéconomie, par Thilas.
  • Vagues gribouillis: Sok est un personnage que j’ai du mal à qualifier, mais c’est une personne qui arrive toujours à me faire relire plusieurs fois ses billets.
  • 20/20: l’excellent Vinvin découvert il y a peu, un grand vidéoblogueur qui ne se prend pas au sérieux.
  • Vol de mots: Etolane de mon coeur, une des premières à m’avoir lu.
  • Webeyes: pas vraiment un blog, mais c’est du David, alors c’est forcément bon.
  • Yakalire: Un autre blog littéraire où les jeux de lettres sont rois.
  • Yvonet: Un de mes blogs préférés, par Minh Quang, certainement un de mes plus anciens lecteurs.
  • Zengun: tout nouveau dans ma liste, je découvre doucement.
  • SchizoCath: versant féminin de BLuPatato, très rythmé…
  • Ma Parole !: Un blog très inventif, un incontournable…

02.12.05

  • Netwizz jungle: un blog pour les geekounets, clair, beau design, un peu trop de tags, mais c’est pas grave…
  • OBNI: un OVNI de la blogosphère, jeux littéraires et autres jeux de mots…
  • Nimwendil: De Rouen à Paris, le blog d’un amateur de fantasy.
  • On dirait le sud: L’excellent photoblog de l’excellentissime Romu.
  • Où est Olivier: Finie la plage, Olivier est en vadrouille et on aime ça.
  • Les pensées de nam-nam: De la Thaïlande à la Suisse, suivez nam-nam au quotidien.
  • Pete’s World: De Pétruche à Pete, je suis, même si les billets sont rares, je suis un fidèle.
  • Pierre’s life: Un autre Pierre, que je suis également avec fidélité.
  • ShinoBlog: Amateur de jeux vidéo et autres japonismes, Shinobufan, que je connais depuis pas mal de temps maintenant a une air raffraichissant.
  • Standblog: Bon Standblog c’est Standblog, pas grand chose à ajouter…
  • Taian Akita: Ma grande-soeur de blog. Je ne sais pas si elle reprendra un jour son blog, mais c’est en partie grâce à elle que j’en suis là aujourd’hui.
  • Carnet: Franck Paul: J’aime beaucoup, j’y passe de bons moments. J’adore.
  • Un blog inutile de plus et son corrélaire Un photoblog inutile de plus: Je connais Julien depuis pas mal de temps et je ne peux m’empêcher, en le lisant, de penser que l’inutile a du bon…

09.11.05

  • Les petites cases: Le blog de Got, un des derniers nés que je lis avec passion. Forcément, ce n’est pas tout public, mais j’aime.
  • lolo²: Etrange relation que j’entretiens avec ce blogueur, un coup nous nous lisons, un coup nous ne nous lisons plus, ça dépend du vent. Nous avons même failli nous rencontrer à Paris-carnet… et pourtant, nous étions dans la même salle…
  • Lulu’s life in cornland: Miss Lulu est un personnage déroutant, tantôt presque sérieuse, tantôt incroyablement délirante, c’est un personnage mythique de la blogosphère…
  • Ma Plage: Il est là, il n’est pas là… C’est mon geek préféré…
  • Mélismes: Atypique blog, cinglant, drôle… Un bon blog.
  • Mitternacht Reloaded: Ma geekette préférée…. personnage étrange à la dent dure… du solide.
  • Métaphore, il fait froid dehors !: Ceux qui connaissent bien Dotclear connaissent forcément Xave, certainement le plus déjantés des Dotcleariens…

07.11.05

Spécial photoblogs

03.11.05

Pas de blogs, mais de la lecture quotidienne….

02.11.05

  • Just Call me Pep: Alors qu’il vient d’annoncer sa fermeture, dans l’espoir d’un reboot, je le mets tout de même ici. Précieux pourvoyeur de geekeries dotcleariennes.
  • Kozeries en dilettante: Blog de Koz, c’est un peu comme une fleur isolée au milieu d’une prairie. On ne remarque qu’elle…
  • Mon île: Leur île à tous les deux, Ebb et Hoedic, duo de choc dont je ne connais qu’une moitié, charmante. Un grand blog, un des premiers à m’avoir remarqué dans ce fatras.
  • La lanterne brisée: Une des dernières entrées dans ma blogliste, précieux BDblog dans une atmosphère qui me sied à merveille.
  • Le Blaugue à Beleg: Un gentil fou encore plus productif que moi, un bazar de liens toujours très pertinents.
  • Le blog médiocre de BabOOn: L’ami BabOOn est l’archétype du blogueur insaisissable, totalement prodigue d’anonymat et de billets qui vont droit au but, ami de SVM. Et toc, j’ai réussi à le caser.
  • Le blog à Ollie: Encore un blog helvète et très productif.
  • Le coin du fourreux; ça part dans tous les sens, mais c’est tellement bon…
  • Blog-art / Leary-calls: Un blog très bien fait sur l’art et les nouvelles tendances, un vrai must en la matière, même si après une absence d’un an et une apparition éclair, l’auteur semble à nouveau ne plus être là… Dommage, vraiment.
  • Les Mers Veillées: le blog d’une charmante marseillaise, le blog lui-même a semble t-il quelques soucis techniques à l’heure qu’il est, mais sinon, c’est un blog où il fait bon vivre…

31.10.05

  • Hippopocampe: Un blog laconique, décalé, avec beaucoup d’humour dedans et un design proche de la perfection.
  • Hmmmmm…..Blog: Encore un blogueur que je connais depuis longtemps, des petites choses comme ça qu’il veut dire, il les dit là.
  • Hou-Hou Blog: Encore une personnalité de la blogosphère qui produit moins qu’à une époque mais reste toujours très pertinent. Un must.
  • Inside: A l’intérieur de quoi ? et Qui est Zaza ? Restent deux questions en suspens… Inside est un mystère pour l’humanitosphère.
  • Heures Creuses: Pas besoin de présenter Chryde non plus, je suppose, mais ce que j’aime surtout sur ce blog, c’est l’ambiance très parisienne qui y règne.
  • Japan Time: Un très bon blog en français sur la vie au Japon. Des articles de fond, un blogueur à fleur de peau, une atmosphère apaisante.
  • Jeans, prose et patchouli: Le blog de France, je lui ai dit plusieurs fois qu’elle devrait faire publier ses billets, peut-être un jour, sait-on jamais. Un très bon blog, écrit avec une verve incroyable. A lire de suite.
  • Jeux de plüme: Un autre blog de Fabienne, encore tout jeune pour le moment, à suivre de près.
  • Joey “The world is not enough”: Très bon blog naturellement, étant donné qu’il utilise un de mes thèmes, c’est un blog relativement jeune, mais il faut y aller, ça promet.
  • Just Blog It: Un blog pour suivre ce qui se passe dans ce monde de blogs…

28.10.05

  • Embruns: Est-il encore nécessaire de présenter le blog du Capitaine ?
  • Enroweb: Blog sombre, sobre, bien présenté et aux billets rares et précieux.
  • Entre zéro et un: Nicolas, je l’aime (pas uniquement parce qu’il a dit un jour que mon blog était un des meilleurs blogs francophones) parce que c’est l’archétype du blogueur absent. Même quand il n’est pas là, son blog impose par sa présence. Devant l’insistance du tenancier de ce blog, je dois ajouter qu’il a repris une activité tout à fait normale.
  • Fourre-tout: Un blogueur rencontré IRL, un type surprenant, à l’intelligence fine et décalée. Quelqu’un que j’aime beaucoup aussi bien dans son blog qu’en dehors.
  • Figoblog: Un blog sur la bibliothéconomie et les figues, que je connais depuis ses débuts. J’ai également rencontré Manue et c’est une personne délicieuse, que j’apprécie énormément. J’aime, voilà.
  • Helge’s Blog: Un type étonnant qui n’hésite pas à passer de l’Allemand à l’Anglais et au Français avec beaucoup d’aisance. J’ai découvert son blog grâce à ses photos de la villa Majorelle et depuis, je ne le quitte plus, même s’il s’est arrêté depuis le mois de juillet.

26.10.05

  • Blog à l’ouest: Ceux qui me connaissent savent que Romu et Romuald, c’est une grande connivence. Nous ne nous sommes vus qu’une seule fois, et peu, mais nous nous parlons souvent par mail. Un type bien qui aime la mer, un photographe talentueux, un grand blogueur.
  • Blog de Sébastien: Un français aux Etats-Unis, grand amateur de nature qui nous donne à voir des paysages magnifiques. Un blog rare et précieux.
  • Blog photos du Japon – voir le Japon autrement !: L’auteur de ce blog, David, est un type exceptionnel. C’est Jed All qui m’a conseillé cette adresse et depuis je n’en suis pas revenu. Pour moi qui cherche de quoi découvrir le Japon, cette adresse est la bonne. De nombreuses photos, des articles complets écrits par un vrai connaisseur, ce blog est un incontournable de ma blogliste.
  • BlogOkat: Catherine nous parle de bibliothèques, de technologies de l’information, d’archivage et de nombreuses choses qu’elle m’apprend à chaque lecture.
  • Blurry Narcissus # Weblog: Un blog totalement insaisissable, j’ai du mal à imaginer qui se cache derrière. Très beau design (daté du 26/10/05), billets trop rares à mon goüt, mais c’est du bon.
  • Candy Froggie’s Oiled World: A l’heure à laquelle j’écris ce billet, l’illustratrice qui écrit sur ce blog doit être bien entourée, si j’en crois son billet lapidaire du 21 octobre dernier. Un blog d’un autre monde dont je suis fan.
  • Carnet de bord: Le blog de ma Fabienne adorée. Elle est moi, c’est une longue histoire, on se connaît depuis bien longtemps et c’est à l’époque de mon premier blog que nous nous sommes rencontrés. Dans mon coeur…
  • Clavardage: Jean-Marc Bondon tient un blog très méthodique, c’est quelqu’un qui se pose beaucoup de questions et du coup, je ne sais pas si son blog est toujours ouvert ou non.
  • Coyote des neiges: découverte via France, un blog qui parle de beaucoup de choses, un blog foisonnant…
  • Do androids dream of electric sheep: Le blog de Martin de Candy Froggie, il est tout neuf, tout en anglais, très beau design. Martin est un peu blog-fainéant… Alors il faut le pousser de temps en temps.

25.10.05

  • “borgo is alive”: Le blog de l’ami Borgo, le blog-ami des premières heures, celui qui est toujours là, près du coeur et qui me rappelle aux heures joyeuses et aux doux moments passés sur nos blogs…
  • .¤° BLu PaTaTo °¤.: La patate bleue, qui se définit comme Inutile et Superflu, un blog fait de beaucoup de choses…
  • 09h09: Dans la veine des boring-weblog, un des meilleurs. Jean-Michel est un blogueur maniaque, et je l’adore.
  • 64k: Blog à deux mains, très beau design, contenu pertinent, bref, un bon blog…
  • Freakydoll: Blog avec des morceaux de gel décoiffant dedans… Très caustique, il va droit au but. Efficace, quoi.
  • Affleurements: Blog minimaliste mais également efficace, par un type avec qui j’ai beaucoup aimé parler…
  • Araignée au jardin: Le blog d’une mignonne araignée sur la toile.
  • AutchoZ de A..à..Z: Un blog qui parle souvent d’AutchoZ…
  • alexwebsite.free.fr // WEBLOG: Design agréable, des billets trop rares, un endroit sympa.
  • Aliquid Stat Pro Aliquo: Il le dit lui-même, son site n’est pas un blog, mais ça y ressemble. Un très bon site blog.
  • Ambiome.Net:Carnet virtuel: Lorsqu’une blogueuse parle avec le langage vrai, ça donne le blog d’Ambiome… J’adore.
  • Benoitbisson.com: L’ami de Montréal, un bonhomme à la voix suave et profonde, un blogueur hors-normes.
  • Blog – A Window on my soul: Le blog de Mélisande, des mots dans au travers d’une fenêtre, à fleur de peau.

Guy de Maupassant, Conte de Noël

Le docteur Bonenfant cherchait dans sa mémoire, répétant à mi-voix : ” Un souvenir de Noël ?… Un souvenir de Noël ?… ” Et tout à coup, il s’écria : – Mais si, j’en ai un, et un bien étrange encore ; c’est une histoire fantastique. J’ai vu un miracle ! Oui, mesdames, un miracle, la nuit de Noël. Cela vous étonne de m’entendre parler ainsi, moi qui ne crois guère à rien. Et pourtant j’ai vu un miracle ! Je l’ai vu, fis-je, vu, de mes propres yeux vu, ce qui s’appelle vu. En ai-je été fort surpris ? non pas ; car si je ne crois point à vos croyances, je crois à la foi, et je sais qu’elle transporte les montagnes. Je pourrais citer bien des exemples ; mais je vous indignerais et je m’exposerais aussi à amoindrir l’effet de mon histoire. Je vous avouerai d’abord que si je n’ai pas été fort convaincu et converti par ce que j’ai vu, j’ai été du moins fort ému, et je vais tâcher de vous dire la chose naïvement, comme si j’avais une crédulité d’Auvergnat. J’étais alors médecin de campagne, habitant le bourg de Rolleville, en pleine Normandie. L’hiver, cette année-là, fut terrible. Dès la fin de novembre, les neiges arrivèrent après une semaine de gelées. On voyait de loin les gros nuages venir du nord ; et la blanche descente des flocons commença. En une nuit, toute la plaine fut ensevelie. Les fermes, isolées dans leurs cours carrées, derrière leurs rideaux de grands arbres poudrés de frimas, semblaient s’endormir sous l’accumulation de cette mousse épaisse et légère. Aucun bruit ne traversait plus la campagne immobile. Seuls les corbeaux, par bandes, décrivaient de longs festons dans le ciel, cherchant leur vie inutilement, s’abattant tous ensemble sur les champs livides et piquant la neige de leurs grands becs. On n’entendait rien que le glissement vague et continu de cette poussière tombant toujours. Cela dura huit jours pleins, puis l’avalanche s’arrêta. Là terre avait sur le dos un manteau épais de cinq pieds. Et, pendant trois semaines ensuite, un ciel clair, comme un cristal bleu le jour, et, la nuit, tout semé d’étoiles qu’on aurait crues de givre, tant le vaste espace était rigoureux, s’étendit sur la nappe unie, dure et luisante des neiges. La plaine, les haies, les ormes des clôtures, tout semblait mort, tué par le froid. Ni hommes ni bêtes ne sortaient plus : seules les cheminées des chaumières en chemise blanche révélaient la vie cachée, par les minces filets de fumée qui montaient droit dans l’air glacial. De temps en temps on entendait craquer les arbres, comme si leurs membres de bois se fussent brisés sous l’écorce ; et, parfois, une grosse branche se détachait et tombait, l’invincible gelée pétrifiant la sève et cassant les fibres. Les habitations semées çà et là par les champs semblaient éloignées de cent lieues les unes des autres. On vivait comme on pouvait. Seul, j’essayais d’aller voir mes clients les plus proches, m’exposant sans cesse à rester enseveli dans quelque creux. Je m’aperçus bientôt qu’une terreur mystérieuse planait sur le pays. Un tel fléau, pensait-on, n’était point naturel. On prétendit qu’on entendait des voix la nuit, des sifflements aigus, des cris qui passaient. Ces cris et ces sifflements venaient sans aucun doute des oiseaux émigrants qui voyagent au crépuscule, et qui fuyaient en masse vers le sud. Mais allez donc faire entendre raison à des gens affolés. Une épouvante envahissait les esprits et on s’attendait à un événement extraordinaire. La forge du père Vatinel était située au bout du hameau d’Epivent, sur la grande route, maintenant invisible et déserte. Or, comme les gens manquaient de pain, le forgeron résolut d’aller jusqu’au village. Il resta quelques heures à causer dans les six maisons qui forment le centre du pays, prit son pain et des nouvelles, et un peu de cette peur épandue sur la campagne. Et il se mit en route avant la nuit. Tout à coup, en longeant une haie, il crut voir un œuf dans la neige ; oui, un œuf déposé là, tout blanc comme le reste du monde. Il se pencha, c’était un œuf en effet. D’où venait-il ? Quelle poule avait pu sortir du poulailler et venir pondre en cet endroit ? Le forgeron s’étonna, ne comprit pas ; mais il ramassa l’œuf et le porta à sa femme. ” Tiens, la maîtresse, v’là un œuf que j’ai trouvé sur la route ! ” La femme hocha la tête : ” Un œuf sur la route ? Par ce temps-ci, t’es soûl, bien sûr ? – Mais non, la maîtresse, même qu’il était au pied d’une haie, et encore chaud, pas gelé. Le v’là, j’me l’ai mis sur l’estomac pour qui n’refroidisse pas. Tu le mangeras pour ton dîner. ” L’œuf fut glissé dans la marmite où mijotait la soupe, et le forgeron se mit à raconter ce qu’on disait par la contrée. La femme écoutait toute pâle. ” Pour sür que j’ai entendu des sifflets l’autre nuit, même qu’ils semblaient v’nir de la cheminée. ” On se mit à table, on mangea la soupe d’abord, puis, pendant que le mari étendait du beurre sur son pain, la femme prit l’œuf et l’examina d’un œil méfiant. ” Si y avait quelque chose dans c’t’œuf ? – Qué que tu veux qu’y ait ? – J’sais ti, mé ? – Allons, mange-le, et fais pas la bête. ” Elle ouvrit l’œuf. Il était comme tous les œufs, et bien frais. Elle se mit à le manger en hésitant, le goûtant, le laissant, le reprenant. Le mari disait : ” Eh bien ! qué goût qu’il a, c’t’œuf ? ” Elle ne répondit pas et elle acheva de l’avaler ; puis, soudain, elle planta sur son homme des yeux fixes, hagards, alliolés, leva les bras, les tordit et, convulsée de la tête aux pieds, roula par terre, en poussant des cris horribles. Toute la nuit elle se débattit en des spasmes épouvantables, secouée de tremblements effrayants, déformée par de hideuses convulsions. Le forgeron, impuissant à la tenir, fut obligé de la lier. Et elle hurlait sans repos, d’une voix infatigable : ” J’l’ai dans l’corps ! J’l’ai dans l’corps ! ” Je fus appelé le lendemain. J’ordonnai tous les calmants connus sans obtenir le moindre résultat. Elle était folle. Alors, avec une incroyable rapidité, malgré l’obstacle des hautes neiges, la nouvelle, une nouvelle étrange, courut de ferme en ferme : ” La femme du forgeron qu’est possédée ! ” Et on venait de partout, sans oser pénétrer dans la maison ; on écoutait de loin ses cris affreux poussés d’une voix si forte qu’on ne les aurait pas crus d’une créature humaine. Le curé du village fut prévenu. C’était un vieux prêtre naïf. Il accourut en surplis comme pour administrer un mourant et il prononça, en étendant les mains, les formules d’exorcisme, pendant que quatre hommes maintenaient sur un lit la femme écumante et tordue. Mais l’esprit ne fut point chassé. Et la Noël arriva sans que le temps eût changé. La veille au matin, le prêtre vint me trouver : ” J’ai envie, dit-il, de faire assister à l’office de cette nuit cette malheureuse. Peut-être Dieu fera-t-il un miracle en sa faveur, à l’heure même où il naquit d’une femme. ” Je répondis au curé : ” Je vous approuve absolument, monsieur l’abbé. Si elle a l’esprit frappé par la cérémonie (et rien n’est plus propice à l’émouvoir), elle peut être sauvée sans autre remède. ” Le vieux prêtre murmura : ” Vous n’êtes pas croyant, docteur, mais aidez-moi, n’est-ce pas ? Vous vous chargez de l’amener ? ” Et je lui promis mon aide. Le soir vint, puis la nuit ; et la cloche de l’église se mit à sonner, jetant sa voix plaintive à travers l’espace morne, sur l’étendue blanche et glacée des neiges. Des êtres noirs s’en venaient lentement, par groupes, dociles au cri d’airain du clocher. La pleine lune éclairait d’une lueur vive et blafarde tout l’horizon, rendait plus visible la pâle désolation des champs. J’avais pris quatre hommes robustes et je me rendis à la forge. La possédée hurlait toujours, attachée à sa couche. On la vêtit proprement malgré sa résistance éperdue, et on l’emporta. L’église était maintenant pleine de monde, illuminée et froide ; les chantres poussaient leurs notes monotones ; le serpent ronflait ; la petite sonnette de l
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nfant de chœur tintait, réglant les mouvements des fidèles. J’enfermai la femme et ses gardiens dans la cuisine du presbytère, et j’attendis le moment que je croyais favorable. Je choisis l’instant qui suit la communion. Tous les paysans, hommes et femmes, avaient reçu leur Dieu pour fléchir sa rigueur. Un grand silence planait pendant que le prêtre achevait le mystère divin. Sur mon ordre, la porte fut ouverte et les quatre aides apportèrent la folle. Dès qu’elle aperçut les lumières, la foule à genoux, le chœur en feu et le tabernacle doré, elle se débattit d’une telle vigueur, qu’elle faillit nous échapper, et elle poussa des clameurs si aiguës qu’un frisson d’épouvante passa dans l’église ; toutes les têtes se relevèrent ; des gens s’enfuirent. Elle n’avait plus la forme d’une femme, crispée et tordue en nos mains, le visage contourné, les yeux fous. On la traîna jusqu’aux marches du chœur et puis on la tint fortement accroupie à terre. Le prêtre s’était levé ; il attendait. Dès qu’il la vit arrêtée, il prit en ses mains l’ostensoir ceint de rayons d’or, avec l’hostie blanche au milieu, et, s’avançant de quelques pas, il l’éleva de ses deux bras tendus au-dessus de sa tête, le présentant aux regards effarés de la démoniaque. . Elle hurlait toujours, l’œil fixé, tendu sur cet objet rayonnant. Et le prêtre demeurait tellement immobile qu’on l’aurait pris pour une statue. Et cela dura longtemps, longtemps. La femme semblait saisie de peur, fascinée ; elle contemplait fixement l’ostensoir, secouée encore de tremblements terribles, mais passagers, et criant toujours, mais d’une voix moins déchirante. Et cela dura encore longtemps.