Monthly Archives: January 2007

Sur la route de Marigny

Voici ce qu’on appelle typiquement un non-événement. Je ne suis pas un grand cinéphile pour deux sous, mais il est des choses intouchables parmi les oeuvres du cinéma hollywoodien. En l’occurrence, le chef d’oeuvre cinématographique de Clint Eastwood adapté du roman de Robert James Waller, The Bridges of Madison County, fait partie de ces petits moments de bonheur qui marquent, parce que les acteurs rendent une charge émotionnelle indiscutable, parce que la mise en scène, la photographie sont parfaitement maîtrisées. Ce film, avec Meryl Streep, incomparable, est comme Out of Africa, un succès commercial parfaitement réalisé.

Aussi, lorsque je vois qu’Alain Delon et Mireille Darc montent sur scène au théâtre Marigny pour jouer cette pièce, j’ai tout de suite beaucoup de mal à imaginer Delon face à Eastwood dans le rôle de Robert Kincaid et Mireille Darc face à Meryl Streep dans celui de Francesca Johnson, c’est un peu comme si on tentait de me vendre un pot de cornichons quand je demande un pot de marmelade d’oranges amères. Sur Europe 1, partenaire du spectacle, j’ai entendu l’annonce et on entend Delon déclamer “je cherche un pont couvert, etc.” avec un tel détachement qu’on croirait qu’il est en train de se couper les ongles pendant qu’il parle, absolument sans conviction et comme s’il demandait un timbre et une boîte d’allumettes au bar-tabac Le Balto

Assurément, ce sera LA pièce de théâtre que je n’irai pas voir cette année…

Du partage numérique des images

Quoi de plus agréable qu’un billet sur un blog, ou d’une page sur un site, dont l’intérêt peut-être suscité par une illustration pertinente autant qu’agréable ? C’est dans cette démarche que je me dis que pour illustrer un billet critique sur la lecture d’un livre, rien ne vaut une belle photo en rapport avec son ressenti sur la lecture et les émotions suscitées.

C’est donc tout naturellement que dernièrement, je me suis tourné vers Flickr en faisant des recherches thématiques ou transversales. Il se trouvent que certaines photos sont sous licence Creative Commons et selon les termes du contrat, utilisables librement ou non dans un cadre non commercial avec revendication de la paternité, ce qui est assez sympathique puisque les créations peuvent être dans ce contexte utilisées librement si toutefois on mentionne le nom de l’auteur. Toutefois, en recherchant une photo de taxi new-yorkais, je me suis rendu compte que la plupart des photos disponibles étaient encore “All rights reserved“, ce qui j’avoue a eu le don de m’agacer. Bien évidemment, les auteurs sont libres de leur choix, mais dans ce cas, pourquoi partager ses photos sur Internet si on ne peut pas les utiliser ? C’est aller à mon sens à la pêche aux ennuis.

Que peut-on faire avec des photos consultables librement sur Internet ?

  • Les enregistrer sur son PC.
  • Les utiliser sur un blog ou un site.
  • (Les revendre).
  • (Les revendre cher).
  • (Les envoyer dans une capsule pour communiquer avec les extra-terrestres).

Sincèrement, je ne vois pas l’intérêt de partager quelque chose d’aussi statique. Une utilisation raisonnée des créations d’autrui ne peut à mon sens qu’être la mesure commune. D’autre part, je me vois mal demander à l’auteur la permission d’utiliser une photo pour écrire un billet.

Se réserver tous les droits sur des créations librement consultables est à mon sens absurde alors qu’on peut simplement les protéger en en interdisant un usage commercial par un petit sigle.

Cosmopolis, Don DeLillo

Taxi in NYCPhoto © Mdumlao98

Eric Michaël Packer est un goldenboy de la nouvelle école. Il sillonne les rues de New-York dans une grande limousine bardée d’écrans d’ordinateurs, surveille à distance les évolutions du Yen, a une totale confiance dans son garde du corps qui lui colle aux basques comme une seconde peau. Il vient de se marier à une riche héritière frigide et fragile, baise à même le macadam, garde un oeil constamment rivé aux analyses de risques concernant les menaces concernant sa personne et rend quotidiennement visite à son médecin pour un toucher rectal qui lui diagnostiquera une prostate asymétrique.

Il passa en revue les unités d’affichage visuel. Elles étaient déployées à des distances progressives du siège arrière, des écrans plats de taille assorties, certaines regroupées dans un cadre, d’autres projetées séparément depuis des cabines latérales. Le groupement était une oeuvre de sculpture vidéo, belle et aérée, à potentiel métamorphique, chaque unité conçue pour se détacher, se fermer, ou fonctionner indépendamment des autres.
Il aimait le volume très bas ou le son coupé.

Le monde de Packer est d’une froideur infinie, enveloppé par la technologie dont il est un des fervents défenseurs et circonscrit dans une ville monumentale et tournée vers elle-même. Mais Packer aime prendre des risques, il tente de faire fléchir la bourse et compte bien s’enrichir sans bouger en achetant tout le Yen qu’il peut. Dans les rues de New-York, assis dans son immense limousine, il regarde le monde défiler et ne le perçoit qu’à l’aune de sa vision des choses, froidement. Même lorsque l’Apocalypse semble être arrivée.

Elle avait un corps brun corail et des pommettes bien dessinées. Sur ses lèvres, un éclat de cire d’abeille. Elle aimait être regardée et conférait à l’acte de se dévêtir une dimension orgueilleusement publique de l’ordre du dévoilement transfrontalier, associé à un élément de défi un peu frime.

Packer sera rattrapé par le temps qui défile selon ses règles à lui, cherchant finalement une fin inéluctable et ne cherchera même pas à s’en préserver. Il se débarrassera de ce à quoi il tient le plus et symbolise son univers, sa limousine, son argent, son garde du corps, pour achever l’histoire dans une fin qu’il pense avoir toujours désiré.

Wall StreetPhoto © Romu

Don DeLillo signe ici un chef-d’oeuvre de noirceur, un roman post-moderne effrayant, d’une écriture froide et métallique de laquelle un noir de titane aux reflets bleutés transpire nettement. Une grande réflexion sur l’existence et l’aliénation au monde moderne.

Meta brindilles II

Une sélection de liens des quatre coins du monde, triés sur le volet et forcément très intéressants. Diverses expériences architecturales, design et comme toujours, l’image est privilégiée.

A suivre de près… Et puis une mise à jour de taille…

Tokyo VR

Tokyo VR, pour voir la capitale japonaise à 360°, via Jeansnow.

tokujin yoshioka

Tokujin Yoshioka présente une collection de media skins qui risque de faire des envieux.

James-Robertson house

Une maison de baie de pirate, la James-Robertson house, via Rouge.

masaokamain

Expérience musicale de Miya Masaoka chez Ping Mag.

adam frank

Experiments in light and interactivity, expériences lumineuses avec Adam Franck, via MoCoLoco.

Ruskin Place Townhouse

Alexander Gorlin Architect – Ruskin Place Townhouse chez Arkinetia.

Maison Omnibus

La maison Omnibus par les architectes Gubbins, un vrai compromis entre l’intérieur et l’extérieur, un chef d’oeuvre, sur Noticias Arquitectura.

Maison Poli

Maison Poli, un cube extraordinaire dans un cadre exceptionnel. Chez Plataforma Arquitectura.

ARX_PORTUGAL_Casa_em_Ericeira

Et une autre somptueuse, à en tomber par terre, sur Arkinetia.

wordpress download

Un peu de tout, vite fait

Quality spirit

Ces derniers jours, je me suis aperçu qu’on parlait de moi, enfin non, de mon blog avec une attention toute particulière. En effet, j’ai découvert avec stupéfaction que le blog Arkinetia, dont je parle beaucoup en ce moment, avait rédigé un billet uniquement destiné à présenter mon blog. Pour ceux qui ne connaissent pas, Arkinetia, c’est ça:

Arkinetia es una publicación de Grupo ASDSC , España, desarrollada y editada por un equipo de profesionales radicados en cuatro ciudades de España y Argentina: Zaragoza y Vitoria-Gasteiz en España; Tandil y San Carlos de Bolívar en Argentina..

Autant dire que je suis tombé de ma chaise, me rendant compte que pour une fois, j’avais réussi quelque chose. Ce blog, orienté architecture et design et très connu dans ce domaine et particulièrement dans le monde hispanophone, parle de mon petit blog (6 souscriptions Bloglines, 2000 visites par jour) en de terme élogieux. Après un échange de mails avec Martin Ferrer, qui avoue me lire avec attention, je me sens tout à coup gonflé à bloc.

D’aucun se demanderont certainement pourquoi je me suis mis soudain à parler d’architecture et de design. En réalité, je m’intéresse à l’architecture depuis longtemps, à tel point que j’ai sans doute évoquer la possibilité un jour d’en faire mon métier, sans y croire réellement. Dans la section artistique du lycée, j’appréciais plus les cours d’histoire de l’art que les cours de dessin, et ma curiosité m’a permis de très bien m’en sortir avec ce mémorable 16 au bac pour l’épreuve d’histoire de l’art (quand on sait que j’ai eu 2 en histoire-géo et pas mieux en philo, je me demande encore comment j’ai réussi à avoir mon bac, surtout quand j’ai sorti à l’examinatrice du rattrapage qu’en 1945, le président de la république était de Gaulle, ce dont à vrai dire, je me contre-tapais royalement – depuis, j’ai fait des progrès). Le sujet portait sur l’architecture contemporaine, et j’ai réellement pris mon pied à rédiger ma copie.

Aujourd’hui, l’étude de l’architecture est pour moi une source de repos, un calmant pour l’esprit, une sorte de niche zen, dans laquelle j’éprouve beaucoup de plaisir. Je compte d’ailleurs très prochainement faire l’exposé de ma conception des choses sur ce blog et en faire profiter ceux que ça intéresse.

Il y a quelques jours, j’écrivais ces quelques lignes sur mon journal:

J’EXIGE D’ÊTRE UN PRODUIT MARKETING, JE VEUX ÊTRE UN PAQUET DE SOUPE DESHYDRATEE !

En réalité, ce n’est pas tout à fait vrai. Ce que je fais en ce moment, ce n’est ni plus ni moins que du marketing, du buzz, dont je ne tire strictement aucun bénéfice puisque je ne touche aucune commission, je ne tire aucun bénéfice sur les ventes de ce que je vends. Même si occasionnellement, j’ai eu l’occasion de travailler pour Tribeca et Buzz Paradise, je n’en ai tiré que la fréquentation supplémentaire, valeur ajoutée considérable. Car oui, je vends, au sens où je parcours les sillons du web et je fais partager cette connaissance, et grossièrement, je le vends, je vends de la culture et de la connaissance et j’adore ça.

Pour m’appliquer à le faire du mieux possible, je mets un point d’honneur à construire mes billets de manière rigoureuse, en appliquant de vieilles méthodes propres à l’architecture (oui, encore) de l’information. Chaque billet, en fonction du thème traité, répond à des critères implicites de mise en valeur, que ce soit par l’image, par l’efficacité des liens proposés et la construction quasi-journalistique des articles, composés de manière synthétique.

Aussi, j’ai de plus en plus de mal à comprendre pourquoi mon inscription auprès de French 2.0 (blogs Français de qualité… de qualité de quoi, on ne sait pas) n’a pas généré mon inclusion à l’annuaire puisque je pensais répondre aux critères de sélection ; le fait de ne pas faire partie de la liste ne me chagrine pas plus que ça et je ne participerai pas à la seconde vague d’inscriptions. Il faut croire que je ne dois pas suffisamment penser web 2.0. Pendant ce temps, Arkinetia me fait vibrer en me faisant entrer dans la cour des grands.

Une belle journée

Lorsque vous lirez ce billet, je serai déjà loin. Je passe la journée dans la Somme, à quelques deux cents kilomètres de Paris, si toutefois j’arrive jusque là puisqu’il est prévu de la neige. Comble du raffinement, je me fais conduire dans une voiture confortable accompagné de deux filles, ayant ainsi la possibilité d’admirer à loisir ce paysage de plaines monotones qui pourtant m’attire tant. Les paysages du Nord provoquent toujours des sourires de condescendance, presque de pitié, mais tout dépend de la façon dont on les regarde, car il ne suffit pas d’avoir des yeux pour voir, il faut aussi ressentir le monde. Je conduis souvent et j’ai rarement l’opportunité de faire le touriste ; je me promets à moi-même d’en profiter au maximum. Les voyages en train, je les aime tout autant, mais derrière les vitres sales des wagons, on voit les paysages sous une forme qui ne leur convient guère.

Il fait froid, humide, tandis que les quelques minces flocons tombés ce matin ont déjà fondu, ne laissant rien d’autre sur le bitume qu’une pellicule flasque. Je suis sorti pour m’enquérir de l’état de santé de ma voiture qui se refait une cure de jouvence chez le mécanicien ; rassurez-vous, elle semble aller bien.

Je suis prêt, mon caban est sur la chaise, prêt à être enfilé, ma besace elle aussi est fermée. Je n’ai plus qu’à chausser mes lunettes et à attendre qu’on m’appelle pour partir.

Je n’ai rien d’autre à dire, si ce n’est qu’une étrange paix intérieure m’anime, les yeux tombants et la gorge sèche. Pour l’instant, tout va bien, je suis heureux, je suis bien.