Monthly Archives: June 2006

Rendre mes oripeaux

Mon expérience est terminée. J’ai passé toute une journée dans le blog d’une autre, à défaut d’être dans sa peau. Résultat ? Eprouvant d’être une femme, tout au moins dans un blog. Merci Cey pour ta confiance et cette expérience hors du commun (j’exagère à peine).

J’ai tout laissé en état, j’ai éteint la radio en partant, j’ai passé l’aspirateur… Par contre, le chat, un peu chiant non ?

Laisse tomber, j’ai fait. Inutile de discuter avec les rustres, les culs-terreux et les imbéciles. L’homme intelligent choisit avec discernement ses auditeurs.
John Fante, La route de Los Angeles

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Confutatis maledictis

La confession des méchants, dans le Requiem de Mozart m’a une fois de plus envoûté hier soir. Je n’arrive pas à me dire que ce film (Amadeus) a mal vieilli, et objectivement, je ne sais pas si c’est le cas. L’image est toujours très belle, très moderne et la photo toujours aussi raffinée. J’ai vu ce film en 1984, l’année de sa sortie, avec ma mère. Parfois, ma mère a des idées bizarres, car je n’avais que dix ans lorsque j’ai découvert cette oeuvre. Bien lui en a pris, car je reste avec un souvenir très fort de toutes ces scènes très baroques, dans lesquelles Tom Hulce a joué le grand rôle sa vie. Le grand F. Murray Abraham y est également poignant, dans le rôle d’un Salieri rongé par la culpabilité et le remord. Devenu presque fou, mais d’une lucidité hors-norme lorsqu’il parle de mélange d’amour et de haine qu’il éprouve pour Mozart. Un très grand film. Même après une dizaine de visionnages.

amadeus

Confutatis maledictis,
Flammis acribus addictis,
Voca me cum benedictis.
Oro supplex et acclinis,
Cor contritum quasi cinis,
Gere curam mei finis.

Makkurayami no bakeneko

Inoptique n°3

Attention, ce billet risque d’être long, et certainement le dernier avant le prochain, qui lui en l’occurrence risque de se faire désirer quelques temps.

Laissez moi un peu vous dire ce qu’il en est, ce qui se passe chez moi.

Lorsque je lis des blogs comme ceux de Cey et d’Alexandra, je me demande parfois ce que je fais ici. Je n’ai pas cette verve, ce ton accrocheur qui me fait me perdre chez elles, dans leurs mots, dans cette indescriptible ambiance chaleureuse donnant l’impression d’être niché dans le giron d’une femme aimante. Je n’ai ni cette verve, ni cette aisance d’écriture qui me fait défaut, faute de temps, certainement, faute de disponibilité d’esprit. Alors, pour cette raison entre autre, je me désespère et je dois me reconcentrer.

D’autre part, il y a ma vie. Beaucoup de choses la bouscule, préoccupent mon esprit et le rendent lâche, vident ce creuset d’idées que je suis et oblitèrent ma volonté.

Et puis il y a mon écriture, mon écriture a du mal à se fixer, à trouver le bon élan, à être choquée. Je ne fais rien de bon, mais ce n’est pas pour autant que j’arrêterai, même si c’est seul dans mon coin, ou à petites doses.

J’ai des préoccupations et il faut que je me penche dessus.

Et puis il y a le coup de poignard, quelque chose qui m’a fait un mal énorme et qui me fait me remettre en question. Je sais que je suis quelqu’un qui a gagné en cynisme, parce que la vie ne me fait pas forcément de cadeaux. Dans ces conditions, il est souvent bon de ne pas focaliser son attention sur les autres et de relativiser le malheur du monde. Bien sur, tout est triste, tout est moche, mais ce qui nous est le plus proche est aussi ce qui nous touche le plus. Il est parfois bon de se tenir à l’écart et de regarder le monde d’un œil distrait. Je ne pense pas être quelqu’un de mauvais. Mais lorsque j’entends des mots qui cinglent et qui me fouettent la chair, c’est plus fort que moi, je ne peux rester de marbre et tout avaler sans rien dire. Ou plutôt si, j’ai envie de me taire et de plus encore me renfermer sur moi-même. J’ai besoin de temps, de repli sur moi-même, temps pendant lequel je vais me plonger dans une torpeur, face à moi, face à mes peurs, mes incompréhensions, mes attitudes, le fondement même de cette personnalité que je me suis construit. Je dois retrouver des choses dans un tas de fumier qui a déjà été retourné dans tous les sens.

Face aux ténèbres[1], je vais devenir changeant comme ce chat maléfique qui se transforme en homme[2]

La conscience fait de nous tous des égoïstes.

Oscar Wilde

borne

Hier soir, tandis qu’à moitié endormi dans une sorte de félicité inhabituelle je tentais de sentir l’air frais du dehors, je me suis réveillé à cause du chat qui miaulait. Etrange coïncidence. J’ai eu du mal à me rendormir.

Finalement ce billet aura été moins long que prévu.

Et puis merde, pour l’instant j’arrête mon blog… Je ne peux pas continuer dans ces conditions.

A plus tard…

 

Notes

[1] Makkurayami – 真っ暗闇な – まっくらやみ

[2] Bakeneko – 化け猫 – ばけねこ

Avec sa voix

En me couchant hier soir, j’ai pris plusieurs livres, histoire de grappiller un peu. Je me suis retrouvé au lit avec Joseph Conrad, Soren Kierkegaard, Héraclite et Ernest Hemingway. Il n’y avait pas assez de place pour tout le monde. J’ai enfin retrouvé les mots de Conrad, dans Youth, dans son étonnante préface écrite en 1917:

Au coeur des ténèbres aussi suscita un certain intérêt dès le début, et de ses sources on peut dire au moins ceci: il est bien connu que les curieux vont fureter dans toutes sortes d’endroits (où ils n’ont rien à faire) pour en ressortir avec toute sorte de butin. Cette histoire et une autre qui ne se trouve pas dans ce volume constituent tout le butin que j’ai rapporté du centre de l’Afrique, où, vraiment, je n’avais rien à faire.

J’adore cette idée qu’un roman ait pu naitre dans des circonstances hasardeuses, au gré d’expériences contrariantes dont apparemment l’auteur n’a aucune nostalgie, et surtout qu’un tel livre ait pu être écrit par quelqu’un dont la présence, de son propre aveu, était totalement incongrue, voire inadéquate. En lisant ces mots, je crois entendre la voix grasseyante de Conrad.

J’ouvre ensuite le journal du séducteur de Kierkegaard et décidément, ce monsieur est ennuyeux, je n’arrive pas à entrer dedans, même s’il faut l’avouer, son style est très léger. Je n’entends pas sa voix me parler.

Je jette mon dévolu sur Héraclite et ses fragments, un livre fâcheux que j’avais acheté quand j’étais encore étudiant, un beau livre illustré sur papier vergé. Je dis fâcheux car Héraclite est un monsieur embarrassant. Ses phrases absolument sibyllines sont pourtant d’une clarté inimaginable. Ses mots sont précis, pointus, absolument clairs, mais le sens est d’une telle profondeur que chaque phrase en est insupportablement chargée de sens et lance mon esprit dans des envolées lyriques sans fondement. Je retrouve un de ces fragments qui m’a tant fait réfléchir:

Taille du soleil; largeur d’un pied d’homme (peri megethous eliou, euros podos anthropeiou)

Héraclite n’a pas l’air, mais c’est un des penseurs les plus profonds de la Grêce antique. En parcourant quelques uns de ces fragments, je me retrouve emprisonné dans une ambiance étrange, pleine de questions et de blancheur. Je lève les yeux et mon regard tombe sur une reproduction d’une petite statue de Zeus. Etrange coïncidence. Sentant que je vacille et que mes certitudes sont à nouveaux ébranlées, je jette Héraclite à travers la pièce.

Et je me venge sur Hemingway, une courte nouvelle nommée Simple enquête, et là, je ne comprends plus ce que je lis, je suis complètement endormi, l’esprit comme le corps. Je relirai cette nouvelle plus tard. Il fait silence, il fait bon, l’air est un peu moite et je m’endors doucement.

Le réveil somptueux

Souvent le matin, je me réveille en me demandant si c’est arrivé, si tout autour de moi a changé, si la vie a enfin réussi à prendre d’autres couleurs et si je n’ai pas enfin été transposé ailleurs. Mais non. Tout est à sa place. Immuablement, stoïquement, en me regardant avec impertinence. Alors je sais que ça va recommencer pour toute une journée encore, et qu’il y a peu de chances pour que de tels changements espérés puissent survenir pendant la journée. Je continue, alors. Je me lève, je me lave et je pars, presque toujours avec le même rythme même si je comprends bien vite que toutes les journées n’ont pas la même couleur, rien n’est jamais pareil. Et pourtant, ce n’est pas exceptionnel, ce n’est rien. It’s nothing… Donc ça va recommencer. Je regarde dans le train toutes ces figures affreuses se repaitre de leur immonde dégueulis imprimé sur papier gaufré, certains sont beaux, d’autres ne m’inspirent qu’une vive répulsion à m’en donner envie de vomir. Je n’ai pas envie de lire et pourtant, je me plonge tout de même dans les pages sucrées de Fante, parce qu’il vaut mieux ça que le sombre gouffre du n’importe quoi. Je commence déjà à avoir faim, mes yeux trainent partout, je cherche quelque chose, je ne sais même pas si je pourrais le trouver un jour. Une ritournelle me trotte dans la tête, je sais que c’est un vieux blues, un saxophone couinant dans un coin. Pour la première fois de la journée, je vois mon visage reflété dans les vitres sales de miasmes des portes du métro, et je suis soudain effrayé par deux grosses poches fixées sous les yeux. Bordel, où est-ce que j’ai attrapé cette cochonnerie de fatigue ? Une fois de plus, ne pas se laisser abattre, sous aucun prétexte. Reprendre pied tout seul, puisque rien ne change, puisque rien ne se fait tout seul. Bon dieu de paresse !