Fin de soir, début de nuit

Fin de soirée, il est presque 1h27 – en fait il est 1h27 – James Brown, les Temptations et Jimi Hendrix sont passés dans les environs et c’était la première soirée avec des vrais gens dans mon appartement, une vraie soirée pour rigoler pour être insouciant et boire un peu piquer des fous-rires pour un rien avec Richard, discuter avec Nadège de littérature japonaise, leur dire ce que j’ai aimé ces derniers temps dans la littérature américaine, les jonctions étranges entre certains romans, il fait bon encore dehors alors que le mois d’octobre approche, et la télévision crache son débit de clips dont l’unique point commun est la domination du mâle sur le femelle nue et pulpeuse – fin calme et heureuse avec le dernier verre de vin – la bouche cramée par l’alcool mais étrangement je suis encore lucide, éveillé et je n’ai plus sommeil – je me dis qu’une certaine forme de lucidité résulte de cette capacité à ne pas dormir – moi le gros dormeur – je continue de penser qu’on ne peut rien faire sans dormir énormément mais la fatigue me gagne et s’en va, je ne suis plus tendu comme ce jour, je me remets, comme si une simple période de calme m’avait parfaitement reposé – encore une fois j’ai fait le bon choix, un choix très pertinent. Les Doors pour commencer, Cake ensuite, leur premier album datant de 1996, puis les longueurs de Roland Kirk, l’album Rip, Rig and Panic, piste 8, Blue Rol et son souffle qui n’en finit pas et pour terminer la bande originale de A Bronx Tale, un film de 1993 avec Robert de Niro et Chazz Palminteri qui a également écrit le film, une gueule, une style comme on n’en fait plus. Cette avant dernière piste, Cristo Redentor de Donald Byrd, incroyablement triste et belle. Ce soir, Paul Newman est mort, ce matin, je montrais à mon fils à quoi ressemblait un 33 tours, et je suis tombé sur la BOF de l’Arnaque (The Sting) avec Robert Redford, un film incroyable. Je n’arrive pas à aller me coucher, bandé comme un arc, je suis prêt à repousser mes limites jusque je ne sais où et ce soir, forcément je me sens un peu nostalgique.

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Cristo Redentor, Donald Byrd

Fais glisser une bière sur le comptoir

Comptoir en zinc métal brillant à la lueur du soleil qui se reflète dans les vitres de l’immeuble d’en face une bière qui glisse que rattrape une main caleuse juste avant qu’elle ne vienne frapper le rebord du plateau et de l’autre côté du plateau le vide, un néant comme on en voit du haut des falaises à pic sur la grande mer, l’océan qui gronde – la main esquisse le geste de faire tomber la bouteille à la marque imprimée en lettres rouges sur un fond de gueule et d’or. Il souffle un vent frais qui me caresse…

Sigur Ros, Glósóli

Patriarche les couilles à l'air

J’ai des envies de lecture folles, des envies de bibliomanes, de lecteur assidu d’homme tronc uniquement pourvu d’une capacité à lire à chaque instant de la journée. Pourtant, je n’ai pas le temps de m’ennuyer. Je dirais même que depuis quelques mois, je n’ai plus l’opportunité de voir le temps d’une journée passer et disons-le carrément, de me faire sérieusement chier. C’était certainement ce qu’il me fallait, un bon coup de boost à ma carrière, une bonne petite fusée vissée au cul, le temps de décoller un bon coup et avoir des perspectives nouvelles, voir la terre d’un peu plus haut.

J’ai des envies de lecture folles. Je viens de terminer un bouquin pour me replonger immédiatement dans un autre. J’ai terminé Jay McInerney pour replonger dans la littérature américaine, du côté de chez Bret Easton Ellis, après avoir un peu hésité à chasser les Moustiques de Faulkner. Je suis content, je lis pas mal, même si le soir, je n’ai plus tellement la faculté de me concentrer à cause de la fatigue.

Jacques-François Fournols

Ce soir, je suis allé en taxi à Paris, et j’ai descendu les Champs-Elysées, l’Avenue Georges V pour à l’arrivée me faire engueuler comme un gamin qui s’est fait attrapé les doigts dans le nez, voire en train de se bouffer les crottes de nez. Pour me consoler à la sortie, pas si démoralisé que ça, j’ai musé devant les belles et grandes et luxueuses vitrines, Agnès B., Armani, Vuitton, sur les Champs, vitrine clinquante grandeur nature.

En fait, je me demande si ce que je cherche dans la vie, ce n’est pas tout simplement une quête de tout ce qui me permet de ne pas trop réfléchir. J’ai vécu des périodes hallucinantes où mon esprit s’emballait au point de m’empêcher de dormir, mais à présent, tout ceci est terminé parce que je pense que j’ai réussi à trouver le moyen de ne pas trop réfléchir. Une petite promenade parmi les gens blindés de fic, les portiers, les femmes longilignes aux jambes gainées de collants aussi noirs que leur tailleur, aux cheveux raides comme la justice et au maquillage impeccable, même après une journée de travail (ou de tapin de luxe) ; c’est fou le nombre de belles femmes dans les beaux quartiers qui trainent avec des beaux mecs engoncés dans de beaux costumes dans un monde où tout est beau, tout est beau et tout est beau, il n’y a rien de plus à en dire en fait.

Jacques-François Fournols

J’envoie un SMS qui ne trouvera écho que quelques heures plus tard, en provenance de Londres et la bonne femme à côté de moi dans le train crache une langue slave dans son portable comme si la personne au bout du fil se trouvait à l’autre bout du monde et qu’elle parlait dans un porte-voix bouché par une motte d’étoupe. Insupportable. Et moi je n’arrive pas à me concentrer sur The Informers. Je repense à ces deux petites adolescentes toutes mignonnes – des vraies pétasses en réalité – qui se sont arrêtées de parler lorsque je les ai croisées en me regardant d’un air complice. Petites connes au doux visage.

– Magnifique. Branlette dans la bonne vieille Buick. Peut-être qu’au diner de Noel nous pourrons parler de la fellation et du cunnilingus. Ma fille a l’air d’apprécier le sujet. Charmant. Pourquoi ne pas tout mettre sur la table, comme vous dites, les enfants ? Très moderne. Je suis trop bête de m’accrocher à ces notions démodées de décence et de pudeur. En retard sur mon temps. Rien n’est tabou, rien n’est sacré. C’est à la télé tous les jours, désormais, les gens se battent pour venir révéler leurs secrets les plus intimes, les plus dégoutants. Bravo ! Dites-le à l’Amérique, racontez à vos propres enfants la vie sexuelle de leur père dans tous ses détails. Brooke Connor, désirez-vous savoir autre chose ? Votre mère aurait-elle oublié un détail ? Peut-être aimerait-elle vous parler de mes… parties ? Nous pourrions passer à la télé. C’est très moderne. Impeccable. Le grand déballage.
Le directeur vient d’arriver juste en arrière et un peu sur la droite de la chaise de mon père : il s’empresse d’intervenir, mais pas tout à fait assez vite, quand papa ouvre sa braguette.
Les deux fillettes japonaises de la table voisine lèvent simultanément la main pour s’en couvrir la bouche, mais pas les yeux. Leur mère pousse un petit cri perçant – je ne puis m’empêcher de me demander si elle se livre à des comparaisons anatomiques – puis il me semble que le silence s’abat sur la salle.
Je dois dire que même moi, je suis estomaqué, tout habitué que je suis aux grands gestes spectaculaires de notre famille. Quand mon père ouvre les bras en une posture théâtrale, le directeur tend instinctivement la main vers le membre exhibé, puis la retire brusquement à quelques millimètres de son but apparent, comme si quelque chose l’avait mordu, son jugement triomphant de son impulsion à la dernière seconde. Le problème de son point de vue semble insoluble : comment occulter le corps du délit sans le toucher ? On dirait que mon père s’avise de ce dilemme et s’en enchante. Sa colère s’est métamorphosée, alchimie miraculeuse de l’alcool, en joie perverse. Le patriarche qui dicte la loi a cédé la place à l’enfant anarchiste. Avec un sourire espiègle, il pose ses mains sur les hanches, défiant ceux qui aspirent au rôle de gardien des convenances.
Le garçon, pris d’une soudaine inspiration, saisit la serviette qu’il porte sur l’avant-bras et la fourre délicatement dans la ceinture du pantalon de flanelle grise de papa. Et enfin, après plusieurs éternités, le directeur et le garçon parviennent à l’entrainer à l’écart.
– J’essaie simplement de me mettre au goût du jour, leur dit-il. De satisfaire la curiosité de ceux qui me sont chers. Ma famille bien-aimée, réconfort de mes vieux jours…

Jay McInerney
Glamour Attitude

Jacques-François Fournols

L'économie des terres

Forcément, comme je suis en plein dans les cartons et que je pense fortement à décorer mon nouvel appartement de manière à ce que ça ressemble enfin à quelque chose de vivable, d’acceptable. Il souffle comme un vent de fraîcheur sur les collines, les arbres frémissent et commencent déjà à revêtir leurs beaux habits d’automne. Que celui qui a vu passer l’été dans les parages lève le doigt et dise “j’y étais !”. Vache de temps. Moi qui rêvais de soirées tropicales, de cocktails pris sur les bords de la plage avec un vent chaud qui souffle sur les flammes de grandes torches plantées dans le sable, de voiles d’organza qui dansent avec la lune, mon été a plutôt ressemblé à un mauvais passage des Valseuses au Touquet (ou était-ce à Berck ?). Anyway. Anyway the wind blows…
Evidemment tout ceci n’est qu’une vaste chimère. A moins, d’emblée, d’avoir des quantités déraisonnables d’argent disponibles et d’emménager directement dans un endroit qui pourrait être transformé à loisir, rien de tout ce qu’on voit sur les sites d’architecture ou dans les magazines spécialisés n’est réellement atteignable. On va passer sur les lavabos (lavabi au pluriel ?) en métal brossé ou en béton ciré qui désormais sont plutôt des standards, pour s’intéresser à des formes un peu moins courantes, comme ces “cabins” que l’on trouve principalement dans les bois, et de plus en plus également sur les côtes (mais pas du côté du Touquet, je vous le promets). Je vous le dis haut et fort, l’avenir du logement de villégiature n’est plus à la grande maison de 400 mètres carrés en Auvergne ou au lounge à Marrakech, mais bien plutôt à la micro-demeure. Le concept fait fureur et pour des raisons évidentes de coût, est beaucoup plus adapté à cette jolie période dont le maître mot est “pouvoir d’achat”, comme si s’adonner au mercantilisme était un pouvoir en soi.
D’ailleurs en parlant de villégiature, j’ai vu une publicité pour des résidences spécialisées. Vous ne connaissez pas les Sénioriales ? Des résidences spécialisées pour les seniors, confinés, sécurisées et qui, si on regarde un peu Outre-Atlantique ressemblent fort à ces quartiers résidentiels pour classes moyennes aisées, entourés de fils barbelés et de miradors, dans lesquels patrouillent des milices privées pour le plus grand bien des citoyens. Un tel concept présent sur le territoire français me fait un peu peur ; une telle forme de corporatisme (un corporatisme de seniors ?) concentrationnaire, de surcroît cautionné par des organismes privés rappelle qu’aux Etats-Unis, ce sont désormais les fonds de pension qui font la balance de l’économie mondiale. Après le troisième âge, voici venu le temps du Third Age Power.
Ce matin à la radio, j’entends que le promoteur Kaufman & Broad, annonce un plan social drastique consécutif à la perte de vitesse de l’immobilier. Bien, très bien. La politique du promoteur est simple: construire, construire, construire. Parfois, c’est plutôt acheter du terrain aux mairies, mais c’est toujours pour construire. Pas de demande ? C’est pas grave, on construit. De plus, on construit sur des terrains chers, donc pour rentabiliser, il faut vendre cher, cher pour des cages à lapins de luxe qui ont l’air de grandes maisons, mais qui ne sont que des cages à lapins livrées clefs en main, avec peinture sur les volets (attention, ceci est une copropriété, la couleur du volet est #002020) et paillasson fourni à la remise des clefs. Kaufman & Broad, c’est aussi des maisons éphémères, qui au bout de 5 ans nécessitent qu’on refasse le carrelage qui s’est décollé il y a 4 ans, et la tuyauterie aussi a commencé à gronder fort et à fuir dès le troisième jour. Cela dit, pas étonnant quand on embauche des entrepreneurs au black qui se font une joie de travailler le dimanche au mépris de la tranquillité des voisins (non, ceci n’est pas de la diffamation, j’ai vécu cette situation). Alors merde, c’est dommage pour ceux qui vont se faire virer, mais je suis bien content que ça se passe comme ça. Il est temps que les responsables soient punis, comme dirait mon ami l’autre abruti.

Jacques-François Fournols

Toujours en devenir

Il y a des moments comme ça dans la vie. On a beau tenter de reprendre pied dans quelque chose de connu, une chienne n’y retrouverait pas ses petits, comme dit l’adage. J’ai beau me planter devant la télévision pour me convaincre que je peux encore apprendre quelque chose qui me soit utile, j’ai du mal à en voir le bout. Que ce soit ce documentaire pas trop mal réalisé sur les vices de la contrefaçon sur le marché de l’art chinois, qui ne fait que nous dire ce que le monde dans sa totalité ne cesse de nous répéter en ces temps étranges eux-mêmes contrefaits, ou que ce soit un débat houleux entre Daniel Cohn-Bendit, Dany le rouge devenu vert, tantôt Allemand, tantôt Français (on n’est pas à une contradiction près, et mieux, on la cultive) et Eric Zemmour, je l’aime bien ce Zemmour qui ressemble tellement à un pote de lycée, même s’il est de droite et qu’il écrit pour le Figaro, il a le mérite d’assumer intelligemment des idées réactionnaires absurdes (un ancêtre né il n’y a pas si longtemps que ça), avec tout l’aplomb dont est capable un journaliste professionnel (lui faire lire, ainsi qu’à Eric Naulleau (tiens, il est né à Baden-Baden) les confessions mégalomaniaques et profondément inintéressantes de Christopher Ciccone (le frère de Madonna), cela tenait du non-sens – au moins la harangue – même injustifiée – contre Lucia Extebarria avait quelque chose de “panachée’) – stop, me faire penser à arrêter d’imbriquer les parenthèses. Bref, tout ceci pour dire que j’ai recommencé à regarder la télé, sans grande conviction, en me contentant du bouquet hertzien traditionnel – et où on se rend compte que la télévision par ADSL ne fait que brouiller l’offre – 250 chaînes me dit Free (appelez le 1044) ! Waow, mais parmi cet amas de chaînes qui ne méritent même pas d’avoir des parts d’audience, seulement deux ou trois pour apporter du réel contenu. Et encore, pas à toutes les heures du jour et de la nuit.
Voilà, je retombe dans mon travers, critiquer toutes ces choses finit par tomber dans le domaine public ; la contestation compulsive (le parti socialiste français devrait arrêter aussi) devient un poncif sans saveur ; contester, critiquer, haranguer, tout ceci n’a plus d’utilité aujourd’hui – parfois, hier encore, j’entends dire qu’heureusement que Sarkozy est arrivé pour faire des réformes impopulaires, sinon qui ? Ben ouais, je ne sais même plus quoi dire et je me terre dans un silence qui vaut son pesant d’or. Je n’ai plus ce courage là, mais en même temps, je me dis qu’il y a tellement de choses à découvrir dans les parages – ou plutôt dans les environs de la pensée sociale contemporaine – que ça ne vaut même plus la peine de se contenter des quelques carcasses de semblant de culture (de cultures, d’idées, de réflexions) qu’on nous jette en pâture au travers du petit écran. Moi les petits os, ça me reste en travers de la gorge et de toute façon, je n’ai jamais été friand des ortolans, et autres grives.
Aujourd’hui, c’est toujours la littérature qui supporte ma mauvaise humeur sociale. Je me perds dans les frasques de Jay McInerney dans le New-York de Vogue et du glamour très sexandthecityen, ou dans les pages d’une jeune américaine, Julie Otsuka, qui me révèle l’existence de la déportation des familles d’origine japonaise aux USA au lendemain de l’attaque de Pearl Harbour (finalement, Abu Graïb et Guantanamo ne sont que des répliques), ou encore dans les pages rugueuses, profondes et mystiques d’un Théodore Monod qui des années après les méharées, revient sur sa jeunesse empreinte d’une théologie morale radicale dans laquelle toute notion de guerre entre les peuples est évacuée d’emblée. Pour un peu, je deviendrais presque protestant, voire pire ! Croyant !
Est-il possible aujourd’hui de tenir des chroniques qui ne soient pas des copies-carbones de ce qu’est le monde dans sa fausseté et son habileté à perpétrer des crimes de sang à l’encontre du bon-sens ou de la plus élémentaire des authenticités ? C’est la question que je me pose, sans trouver de réponse ni en moi, ni en quoi ce soit parmi tout ce que je peux trouver à proximité. Décidément, trouver sa place est un travail de mineur de fond.
Aujourd’hui, ici n’est plus ma place. J’ai décidé de tirer un trait sur le passé. Mon passé. Ce qui m’est arrivé et que je souhaite ne plus trainer derrière moi comme un batterie de casseroles au lendemain d’un mariage. Tout reconstruire en douceur, prendre le temps, changer de nom, s’en réapproprier d’autres, partir de zéro, pages vides, pages blanches sans rien, sans lignes. C’est tellement jouissif de se dire qu’on a définitivement passé le cap et que la haute-mer nous attend.
PS: dégueulasse ce sandwich à la mortadelle. Pouah….

Jacques-François Fournols

Today is the day

A 8 ans, on ne sait pas grand chose mais on sait qu’on aime pas trop la tarte aux pruneaux et les baisers qui piquent de la tantine Claudine

A 15 ans, on sait qu’on en a marre de tout et que les filles, ça cache des trésors sous les jupes

A 22 ans, on sait que la philo, c’est se poser les bonnes questions et qu’on aurait pas dû prendre cette 8ème capicachaçirinhana

A 29 ans, on sait qu’on l’aimera toute sa vie, ce ptit bonhomme, et c’est déjà beaucoup

A 34 ans, on sait qu’on doit trouver son moi acceptable et, accessoirement, que le blog, c’est pas la vraie vie

Et après ? La suite, c’est toi qui l’écris, mon Romuald :-*

Ah, et … Joyeux anniversaire !

Voilà, et pardon

Alors voilà, sans être trop éliptique, je voulais simplement dire qu’aujourd’hui, j’ai eu mes nouvelles clefs, mon nouvel appartement avec vue sur l’horizon, les collines et les peupliers qui bruissent dans le vent, la lumière qui entre de partout et qui circule comme un courant d’air, de l’espace à ne plus savoir quoi en faire et moi au milieu en me disant que je n’aurais jamais le courage de redécorer tout ça.
Bref. Je voulais dire aussi des pardons. Pardon pour ne pas être tellement là, je veux dire là où je devrais être, en pensée et avec les gens qui comptent pour moi, ne serait-ce qu’un peu, un peu plus pour eux. Pardon aussi de ne penser qu’à moi, en pur égoïste mais pour tenter de me justifier, je dirais simplement que j’en ai besoin. Me tourner vers moi est la seule chose qui me permet de me reconstruire tout doucement, de rebâtir tout ce qui s’est dégradé en moi et que je retrouve petit à petit. N’étant pas naturellement véritablement proche des autres, vieille âme solitaire, je le suis énormément en ce moment. C’est comme ça, mais pardon.
Et puis pardon, pardon aussi d’avoir voulu savoir comment allaient les choses et d’avoir entendu ce qui m’a fait de la peine. Certaines personnes ne méritent pas d’avoir mal.
Maintenant, je vais regarder les peupliers danser dans le vent.

Le jour où Graham Green est mort

Un livre. Encore un. Une belle couverture représentant deux hommes, certainement d’Afrique centrale assis sur des fauteuils posés au pied d’un mur. Un encadré transparent formant un dégradé d’un vert intense donne un certain caractère à la présentation, quelque chose de foncièrement moderne, trendy.

Le succès est plus dangereux que l’échec. Les lames se brisent sur une ligne côtière plus longue.

J’aime ces livres qui ont de la matière, 370 pages épaisses, une courte biographie, une introduction, dédicace et exergue dans un enchaînement. Une belle introduction signée de la main de l’auteur, qui rappelle le contexte dans lequel il a écrit ce livre au regard des autres, les lettres qu’il a échangées avec son meilleur ami, Evelyn Waugh et qui ont failli le brouiller au regard de la mésentente non-chrétienne que prend le texte.

– On ne devrait pas permettre aux gens de choisir librement ce qu’ils apprennent dans la Bible », dit le supérieur en essayant de faire tomber la cendre de son cigare dans le cendrier. Mais il était écrit qu’il le raterai toujours.

Est-ce un hasard si ce livre m’a attiré par la simple couverture, sans avoir lu la quatrième de couverture et sans avoir même retenu le titre qui ne m’évoquait absolument rien ? Un strict achat compulsif guidé par le nom de l’auteur, simple envie de lire un autre livre de lui, après Notre agent à La Havane qui m’avait fait rêver et qui me rappelle cette époque d’insouciance, quelque temps après sa mort. C’était ça ou le second tome des œuvres de Robert Louis Stevenson.

« Moi non plus, dit-il. Je ne souffre de rien. Je ne sais plus ce qu’est la souffrance. Je suis arrivé au bout de tout cela aussi.
– Aussi ?
– Comme du reste. Au bout de tout. »
Le supérieur fit demi-tour sans montrer de curiosité.
« Oh ! bien, savez-vous, dit-il, la souffrance est une chose qui nous sera toujours donnée au moment voulu. Dormez bien. Je vous réveillerai à cinq heures. »

Aujourd’hui, il m’a aidé à naviguer. Énervé par les arcanes d’une sorte d’administration sourde qui pour se faciliter la vie au quotidien fait tout pour plonger l’usager dans un trouble profond digne de Kafka alors que je me suis trouvé complètement décontenancé par l’appel qui a précédé avec mon fournisseur d’accès Internet, j’avais demandé qu’on me rappelle. La conversation a commencé comme ça, sans exagération : « Béjou, – tronçon de langage incompréhensible – wapélé missiou Lipélou (j’ai subsumé qu’on parlait de mon nom de famille – tronçon de langage incompréhensible – pouwoutu di ligne, and so on. Neuf a certainement ouvert son nouveau centre d’appel au Ghana, rien ne change. J’ai presque envie de pleurer.

All we have gained then by our unbelief
Is a life of a doubt diversified by faith,
For one faith diversified by doubt :
We call the chessboard white… we call it black.

En 1991, lorsque Graham Greene est décédé, j’étais jeune homme en train de découvrir les joies de l’amour avec ma première petite amie, sur le chemin du bonheur, je le croyais.
Ce soir encore, j’arrête de travailler à 00h03, à croire que je suis abonné à cette heure. Je regarde dehors… Je crois que la nuit pleure.

Toutes les citations proviennent de
La saison des pluies (A burn-out case)
Graham Greene, 1960

Underground

Une série étrange dans un lieu pour le moins étrange dont je tairais le nom car il évoquerait… je ne sais pas. Le genre de série qu’on ne reverra pas de sitôt.

Dans les souterrains

Unstandard 7

Envie de lire Tabucchi, c’est un dimanche calme et chaud sous une chape grise, il fait silence, la télé est éteinte. Je reviens de ma librairie qui menace de fermer le dimanche (je vais faire quoi moi le dimanche ?) et j’ai des envies d’achat terriblement compulsives et comme je commence à devenir raisonnable, je n’en ai acheté que deux, un d’une jeune auteure américaine et l’autre du grandissime Graham Greene, mais il y en avait plein d’autres, je voulais Stevenson, Fitzgerald, me plonger dans tous ces auteurs sur lesquels j’ai fait l’impasse une partie de ma vie, estimant que lire trop classique nuisait à la modernité. Pourquoi je n’ai pas rajouté Tabucchi à ma liste de livres de chevet ? Envie de lire Conrad aussi.
J’ai retrouvé dans un rayon les œuvres de Laurence Sterne, Tristram Shandy mais en édition de poche, pas vraiment ce que je cherchais, plutôt la suite de ce que j’ai déjà aux éditions Complexe (il me semble), ces gros livres à la couverture jaune et rugueuse. J’ai demandé aussi des nouvelles du Roman de Baïbars aux éditions Actes Sud/Babel, mais il semblerait qu’on se soit arrêté au quatrième tome et plus rien depuis. Dix tomes aux éditions Sindbad (c’est marrant, ça ne me dit rien), beaucoup plus chers. L’édition de poche n’a pas dû rencontrer le succès escompté. Lorsque les contraintes économiques rétablissent la réalité dans le monde de l’édition… C’est la rentrée littéraire, de nouveaux auteurs, de nouveaux romans, mais aussi des rééditons ou des textes inédits par des auteurs destinés à être en vue. Certains sont mis en avant comme Richard Ford avec Independance, Prix Pulitzer, des noms qui ne me disent rien. Je me rends compte que malgré ma grosse consommation de lectures, je ne suis somme toute en possession que d’une connaissance limité de tout ce que j’aimerais ingurgiter. Une cinquantaine de romans par an, voici mon palmarès. Si je vis encore cinquante ans, je ne lirais que deux cents cinquante deux mille cinq cent romans. C’est peu non, surtout si on ramène ça à notre espérance de vie ? Comment pourrais-je m’enorgueillir à la fin de ma vie d’avoir beaucoup lu ? Comment se dire également qu’on a lu tout ce qu’on aurait aimé lire ? Personnellement, il y a certaines choses que j’aimerais bien lire : Ulysse et Finnegan’s Wake de James Joyce, Treasure Island de Stevenson, le Cœur du Mid-Lothian de Walter Scott, l’œuvre de Graham Greene, celle de Murakami, (on dit un œuvre il me semble lorsqu’on évoque l’intégralité des œuvres d’un auteur), celui de Calaferte, celui de Rudyard Kipling, de John Fante, celui de Nicolas Bouvier et pour le coup, je suis en bonne voie, mais je me rends compte également, que lorsqu’on a lu d’un auteur aimé tout ce qui commercialement est disponible sur le marché, on éprouve toujours à la fin une sorte de frustration inégalable qui confine au sevrage d’une drogue puissante. Les romans de Magnus Mills ne sont pas tous traduits (je pourrais lire ce que je n’ai pas encore lu en anglais, mais dès lors, mon rythme de lecture risque de s’en ressentir et je préfère de loin faire comme avec Kipling, lire ses nouvelles au coup par coup, dans le texte, par intermittence) et après avoir lu les trois disponibles, je me sens comme un peu déçu que l’aventure s’arrête là pour l’instant. J’ai découvert récemment un auteur qui n’a commis que deux romans, dont le second est inachevé. Comment se dire qu’on va investir un espace qui s’évanouira quasiment à la fin du premier livre ? Comment s’y investir ? Comment pénétrer un univers qu’on sait de facto réduit ? Vu des choses intrigantes comme Vonne van der Meer, Aldous Huxley avec le Tour du monde d’un sceptique. Pour l’instant, je dois me réfréner.
Il souffle un léger vent frais qui vient de derrière le rideau. Je suis un peu fatigué, un peu énervé aussi je crois, je ne sais pas bien pourquoi, l’irritation m’a pris à un moment de la journée. Etrange sensation. A l’heure qu’il est, je sais que je vais bientôt aller me coucher pour terminer les nouvelles de Yukio Mishima que je lis avec plaisir, mais je me partage déjà pour savoir si je ne vais pas avoir envie de commencer un des deux livres que j’ai acheté aujourd’hui. Ce ne serait pas raisonnable de les consommer si vite. Un livre est un investissement qui doit durer un minimum, et une fois terminé, il perd forcément énormément de sa valeur, a fortiori si celui-ci ne laisse pas un souvenir impérissable. Lorsqu’on compte le nombre de livres qui ont véritablement imprégné nos vies, on se rend vite compte qu’on est loin de la rentabilité souhaitée. C’est un mauvais calcul, la littérature sort du champ du retour sur investissement.
J’ai failli craquer également pour de la musique. America, Jeff Buckley, Chris Isaak, Chris Rea, je ne sais pas ce qui m’a pris, j’ai même failli acheter un album de Tom Waits que je connais par cœur. Et puis non, finalement, je voulais quelque chose qui me trotte dans la tête depuis quelques temps mais dont je n’arrive pas à savoir ce que c’est. Peut-être une chanson de Chris Isaak mais je ne sais même pas, ça reste latent.
A présent, il ne faut plus que j’achète d’autres livres. J’ai dans des cartons des centaines de livres que je n’ai pas encore lu et qui sont certainement déjà arrivé à maturité. Je vais les retrouver, très bientôt, ils seront à nouveau entre mes mains, et ma question, aujourd’hui, est de savoir si je vais les placer dans le bureau, ou dans la chambre. Je commence à imaginer mon nouvel aménagement, mon univers, ma place, ma vie, au travers de ce nouveau chez-moi tout simplement idéal, mon lieu acceptable où tout ou presque sera soumis à ma volonté et à mes choix, mes décisions.
Et puis, aujourd’hui, j’ai eu comme un soupçon de lucidité sur ce que je souhaite écrire. J’aime l’idée que je puisse me sentir à nouveau bien dans ma vie, bien dans ce que je suis et bien dans ce que j’ai envie d’être, le tout peut-être grâce à un léger grain de modestie, ou tout au moins d’humilité.