Abandonnés

Ça pourrait être n’importe où, c’est presque vide, abandonné, mais on y ressent encore une certaine présence, une vie passée et chargée. Abandoned School par Tod Seelie.
Un peu plus loin, un magnifique portfolio, Places.

Abandonned school

De l’autre côté du Pacifique, pour faire bonne mesure, Uryevitch, en anglais, annonce la couleur: “Abandoned is a photo base of abandoned plants, unfinished buildings, industrial sites. Most of them are situated in Russia.
I will do my best to update this photo base with a lot of other objects and sites which exist somewhere in the world.”
Tout un programme…

Abandoned

A voir également sur English Russia, un portrait désarmant de la réalité russe d’aujourd’hui.

Je ne pouvais pas non plus passer à côté de ce sujet que j’ai trouvé sur plusieurs blogs et qui pour le coup, va à l’encontre de l’abandon évoqué ici. Il s’agit en fait d’une vaste tromperie, une base aérienne américaine qui, comme par enchantement, a disparu de la carte du ciel de Burbank, Californie. Les ingénieurs se sont creusé la tête et ont finalement résolu le problème en peu de temps ; une immense bâche peinte en trompe l’oeil, des constructions factices reproduisant les contours insipides d’une petite ville de banlieue et le tour est joué. L’explication en image chez Crooked Brains.

visual-archaeology

Je viens de trouver également un site nommé Visual Archaeology, sur lequel on découvre un ensemble de photos prise à Brooklyn, montrant le délabrement de ces quartiers abandonnés, placés sur une carte. Ce quartier de Williamsburg a été dévasté, reconstruit et ne reste que le souvenir grâce à ces photos qui ont quelque chose de nostalgique. Un très beau travail qui manque malheureusement un peu de finesse au regard de la qualité des clichés.

Kolkata Variations

Juan Rayos est un personnage qui me fascine depuis quelques temps grâce à ses Moleskine, le A et le B, mais il est également l’auteur de deux séries de photographies que personnellement je trouve splendides car elles sortent totalement de l’ordinaire et sont chargées d’une ambiance terriblement sombre tellement réelle et morbide qu’elle reflète à mon sens l’Inde telle qu’elle est et non telle qu’on tente de la représenter.

Kolkata et Varanasi Variations. Les deux séries sont placées sur une carte. Ici et .

Retour à la (télé)réalité

Lorsque mon fils m’a réveillé, j’ai ouvert des yeux ronds comme des soucoupes en ne croyant pas tout à fait que les chiffres qu’affichait le réveil était deux fois 1. Je me suis levé en catastrophe parce que je devais aller à la banque et c’est précisément derrière ce guichet que j’ai rencontré Thomas du loft. Oui oui. Le Thomas du loft n°2. Je savais qu’il travaillait ici depuis pas mal de temps ; comme quoi la célébrité a du bon, elle mène à tout, même à travailler comme “agent d’accueil” dans une banque de banlieue. Je suis admiratif.
Comme ma librairie se trouve juste à côté, je suis allé y faire un tour, juste pour voir. J’ai acheté une carte postale qui ne manquait pas de charme, et c’est là que Christelle m’a appelé. Comme souvent, elle m’appelle le lundi et comme souvent le lundi, j’ai ma voix du petit matin et comme souvent, j’ai la tête dans le pâté lorsqu’elle m’appelle. Elle va finir par croire qu’elle m’emmerde. Au retour, j’ai découvert un bleu que je ne connaissais pas et j’ai soudain été rattrapé par l’impression que les jours passent trop vite.
Dans son désir de ne me voir manquer de rien, Kenya m’a ce jour apporté quatre feuilles de tilleul toutes aussi jaunes que celles du peuplier et duveteuses à leur surface, agréables à caresser, quatre feuilles que je me suis empressé de glisser entre les feuilles des Marginalia de Poe.
Dans le ciel de l’après-midi s’étalaient de gros nuages blancs sur un fond bleu de Prusse, et un peu plus loin, une chappe d’un gris bleuté foncé s’est étendue au-dessus de nos têtes, dans une sorte de peau squameuse de reptile, ondulante et surréelle.
En regardant les minutes passer, je reste seul avec mon fils en me demandant ce que j’attends réellement, si je n’attends pas tout simplement un éventuel retour à la réalité.

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Oui oui, c’est bien ma voiture à gauche.

Rub' al Khali, la Zone vide

Rub’ al KhaliPhoto © skorpio7272

Les déserts ont ceci de surprenant qu’ils sont des lieux vides dont l’attrait qu’ils exercent sur les sentiments humains ne peut être expliqué que par cette possibilité que l’on a de se retrouver livré à soi-même au milieu de nulle part. Les repères s’effacent et l’apparente vacuité révèle en fait un indiscernable réseau de pistes, telles que Bruce Chatwin les a inventoriées. Rub’ al Khali porte bien son nom, la Zone Vide, une des plus grandes étendues de sable au monde, grande comme la France et le Benelux réunis, coincée entre le sud de l’Arabie Saoudite, le Yémen et le sultanat d’Oman. Même les populations bédouines n’en connaissent que les contours, n’osant pénétrer cet enfer de sable dont les températures frôlent les 55°C en plein été et dont le terrain est parcouru de dunes de plus de trois cents mètres de haut.

Celui qui a fait découvrir ce désert au monde entier, c’est Wilfred Thesiger, un explorateur britannique décédé en 2003 et ces quelques mots, extraits de son livre Arabian Sands, en disent long sur l’attrait de la Zone Vide et cet étrange balance entre le plein et le vide.

For years the Empty Quarter has represented to me the final, unattainable challenge which the desert offered. […] Now I had crossed it. To others my journey would have little importance. It would produce nothing except a rather inaccurate map which no one was ever likely to use. It was a personal experience, and the reward had been a drink of clean, nearly tasteless water. I was content with that.

(Pendant des années, la Zone Vide a représenté pour moi le challenge final et inatteignable que le désert pouvait offrir. […] A présent, je l’ai traversée. Aux yeux des autres, mon voyage peut sembler insignifiant. Il n’est sans doute rien d’autre qu’une carte imprécise que personne ne pourrait utiliser. C’était une expérience personnelle, et la récompense en a été un verre d’eau claire presque sans goût. Cela me suffisait.)

Liens:

Fabienne et moi avons décidé de vous emmener dans un tour du monde virtuel. Vous pouvez suivre les étapes de ce voyage sur Google Maps (c’est magique !)…

Courrier de nulle part…

Mine de rien, il y a plus d’une semaine que je n’ai rien écrit alors que je ne suis même pas en vacances.
En fait, si.
J’ai écrit plein de choses, je me suis presque brûlé les doigts sur le clavier comme pour exorciser une douleur dont je ne connaissais pas l’intensité, je me suis vengé par les mots, vengé de quoi ? Je ne sais pas, je n’en veux à personne en particulier, si ce n’est à moi-même; tendre vers la disparition comme une solution au mal-être. Alors j’ai tout effacé.

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Bon.
Voilà.
Je vois mes billets qui s’espacent, le temps qui défile, la passion qui se délite, la curiosité en faillite, l’impression que tout ceci n’a pas de cohérence, le regard perdu sur des cartes desquelles les îles auraient disparu… Un rêve qui s’enfuit.

Et puis l’ellipse qui ne me va pas…
La vision d’un monde rempli par le chaos…
Des jours harassants derrière moi… La vie devant… Soudain le calme…

La suite ? Je ne sais pas, je verrai au coup par coup. Je ne sais même pas s’il y en aura une. Et puis là, de toute façon, ça m’est complètement égal. Désolé.

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L'homme de vent

Les mots me manquent. L’envie d’écrire aussi.
Alors plutôt que de laisser les choses traîner ou alors m’épancher comme une larve en racontant tous mes petits malheurs, je préfère laisser s’exprimer autre chose que le néant qui m’envahit, parce que ce lieu semble ne souffrir ni l’absence, ni les jérémiades, ni mêmes les stratégies de l’échec, aussi élaborées soient-elles.
Portraits déliquescents d’une ivresse de papier.

(Merci de m’avoir fait remarquer qu’il y avait une faute d’orthographe dans ce billet qui traîne ses guêtres en tête de gondole depuis quatre jours, pffff)

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Chiloé, terre des baleines et de Coloane

Un jour j’ai voulu revoir la maison où je suis né, au bord de la mer, mais elle avait été emportée par le temps et la dernière colère du Pacifique, lorsque la quasi-totalité de l’archipel de la mer intérieure de Chiloé s’était retrouvée un mètre au-dessous du niveau des eaux. Ce fut l’une des conséquences du tremblement de terre et du raz-de-marée de 1960.
Je n’avais jamais imaginé que ma vie serait à ce point bousculée par autant de voyages et que j’allais devenir avec le temps, et parfois malgré moi,une espèce de globe-trotter. (…) J’avoue que j’aurais bien aimé être un de ces explorateurs qui dressèrent les premières cartes de terres et de mers inconnues. J’ai beaucoup voyagé, trop sans doute, pour découvrir à la fin que les rivages les plus mystérieux restent ceux de mon enfance et de ma jeunesse : Chiloé, la Patagonie, la Terre de Feu, le Cap Horn, l’océan austral.

Photo © oxide_shuriru

Puerto Eden doit probablement son nom à la fabuleuse beauté du site. A l’extrémité du canal de Messier, bordé de hautes murailles grisâtres, le courant enfle comme une veine pressurée et le sombre couloir monumental débouche sur un monde nouveau, primitif, où règne une nature d’une luxuriance grandiose et indomptée. Après l’imposante austérité de la roche, les îles verdoyantes de Puerto Eden offrent le spectacle d’une splendide oasis qui semble récemment surgie des eaux, et où le voyageur s’attend à rencontrer les premiers hommes…
Toutefois, ces îles sont froides, humides, couvertes d’une épaisse et poreuse couche de tourbe millénaire. De ce tapis de mousse et de lichens s’élèvent des forêts de chênes, de canneliers, de cyprès et de lauriers. C’est sur ces rivages, où abondent fruits de mer et poissons, qu’une race ancestrale a trouvé refuge : les Alakaluf.
Nul ne sait d’où vinrent ces hommes. Après avoir traversé les eaux désertes et tourmentées du Pacifique Sud, ils furent probablement les premiers êtres humains qui foulèrent ce paradis protégé par les murailles andines et par la mer. Distincts des autres aborigènes qui peuplent les régions magellanes, ils reçurent des Yaghan de la Terre de Feu l’étrange nom “d’hommes de l’ouest avec des couteaux en coquillage”, ce qui est la signification du mot alakaluf. Puis un jour, l’homme blanc fit son apparition sur ces rivages vierges, introduisant l’alcool et la syphilis, bouleversant l’existence des Alakaluf, qui s’obstinèrent néanmoins à conserver la coutume de trancher le cordon ombilical du nouveau-né avec un coquillage.

Francisco Coloane, Tierra del fuego, 1963

Francisco Coloane

J’ai parcouru de nombreuses mers, et sur toutes sortes d’embarcations, même en canoë avec un Indien yagan depuis l’île Navarino jusqu’à la baie de Yendegaia. Je suis allé aux îles Galapagos, paradis d’importantes espèces animales. J’ai vu quatre cachalots dont les os noirs se détachaient dans la houle qui fendait les flancs du bateau…

Fabienne et moi avons décidé de vous emmener dans un tour du monde virtuel. Vous pouvez suivre les étapes de ce voyage sur Google Maps (c’est magique !)…