Dupuytren & Orfila

Deux des musées parisiens les plus hors-normes sont certainement les musées Dupuytren (Couvent des Cordeliers) & Orfila (rue des Saint-Pères), que tout étudiant en médecine ou en anatomie se doit de connaître.

Le musée Dupuytren est le musée de l’anatomie pathologique que l’on appelle également tératologie. Rassemblant des collections impressionnantes à vocation pédagogique, on y trouvera moulages, pièces glycérinées et autres foetus enfermés dans des bocaux.

freaks

Le musée, connu depuis 1847 sous le nom de musée Orfila, est un ensemble d’¢une grande richesse réunissant des collections et des préparations anatomiques humaines et animales, des reconstructions embryologiques et neuro-anatomiques, des pièces anthropologiques, des moulages de cerveaux de diverses origines, préparés, rassemblés ou recueillis depuis presque deux siècles par la succession des conservateurs du musée. L’importance, la variété et la qualité de ces documents dépassent de beaucoup l’intérêt que présentait le musée Orfila installé rue de l’école de Médecine. Le musée actuel occupe, depuis 1953, les vastes salles d’exposition et les galeries du huitième étage de la Faculté de Médecine de la rue des Saints-Pères. (Département d’anatomie)

Motel Blues

Je n’ai pas l’habitude, et j’aime encore moins ça, de parler des livres que je suis en train de lire, même si je sais qu’au fond je n’en serai pas déçu et que je ne risque somme toute pas grand chose, mais il faut absolument que je dévoile au grand jour cette découverte. Comme souvent chez moi, les livres que je lis sont des découvertes nées d’un mot entendu, d’un conseil lancé à la cantonade, bref, d’un moment suspendu que je finis toujours par attraper au vol. Quelques jours avant d’entrer dans la librairie La Procure à Saint-Sulpice (oui, je sais, c’est une librairie catholique, et alors ? C’est une bonne librairie), j’ai discuté avec Fabienne de Bill Bryson, inconnu parmi les inconnus dans mon bataillon culturel, pour des raisons qui ne regardent personne – non mais, et je n’avais encore entré la totalité des orteils qui composent mes deux pieds dans ce petit temple de la lecture que je tombais sur le rayon Voyages, un simple étal posé à l’entrée, entre l’alarme incendie et le détecteur d’objets volés. Sur une pile en particulier se trouvait un livre à la couverture marron et jaune, a priori pas très engageant, mais sur laquelle était collée une étiquette Notre coup de coeur. Le coup de coeur des libraires d’une échoppe catholique pouvait me laisser croire que j’allais tomber bien bas si toutefois je me Procure-ai ce livre. Le nom sur la couverture ne me disait rien, mais le titre, Motel Blues me plut tout de suite. Bill Bryson, Bill Bryson, bon sang, mais c’est bien sur ! L’auteur en personne. Fabienne ne m’avait pas spécialement parlé de l’oeuvre du bonhomme, simplement de Bill Bryson. Alors je me suis jeté à l’eau, pensant que ça ne pouvait pas totalement être un hasard.

burma shave

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Et depuis que j’ai commencé à le lire, principalement dans le train, je me surprends à éclater de rire face à tant d’humour. Comme je le disais, parler d’un livre qu’on n’a pas fini n’est pas facile. Je ne peux en aucun cas vous raconter l’histoire, si ce n’est que c’est une traversée des Etats-Unis depuis Des Moines, Iowa[1], dans une grosse Buick. Hilarant, Bill[2] Bryson dépeint un monde de bouseux et de simples d’esprit, mais avec tendresse, jamais méchamment, et très sincèrement c’est à hurler de rire, un livre dans lequel il est impossible de s’ennuyer, même si au bout du compte on tient entre ses mains un document d’une rare valeur ethnographique.

Je me demande si les gens du coin adoptent ces prononciations parce que ce sont des culs-terreux sans éducation ou bien si, connaissant parfaitement la prononciation correcte, ils s’en fichent carrément et se moquent de passer pour des culs-terreux sans éducation.

Absolument décapant et jubilatoire, on appréciera aussi son humour pince sans-rire.

La serveuse arriva. Vous avez choisi ?
– Excusez-moi, il me faut encore quelques minutes.
– Sans problème, dit-elle, prenez votre temps.
Elle disparut de mon champ de vision, compta jusqu’à cinq et revint. Vous avez choisi, maintenant ?
– Désolé, j’ai vraiment besoin de plus de temps.
– ça va, dit-elle et elle repartit.
Cette fois-ci, elle dut bien compter jusqu’à vingt mais j’étais toujours loin d’avoir compris les centaines d’options qui s’offraient à moi, heureux client de la Pizza Hut, quant elle revint prendre la commande.
– V’s êtes pas du genre rapide, vous ! fit-elle remarquer gaiement.
J’étais gêné. Désolé, je ne suis plus dans le coup, je… je sors de prison.
Ses yeux s’agrandirent. Sans blague ?
– Oui, j’ai assassiné une serveuse qui me bousculait.

Alors on comprendra aisément que j’ai une irrésistible envie de parler de ce bouquin. Ce matin, dans le train, les yeux encore éblouis par cette petite blonde aux cheveux désordonnés faisant claquer ses talons penchés sur l’asphalte neuve, dont je n’ai même pas vu le visage, et écoeuré par trop de parfums trop frais, je ne savais plus si je devais rester à écouter Tom Waits[3] ou lire Bill Bryson. Tom ou Bill, Bill ou Tom, Boll ou Tim ? Finalement, l’envie de sourire l’a emporté sur le blues lancinant….

Notes

[1] Oui, quand on parle d’une ville aux USA, il faut toujours préciser le nom de l’état, sinon on pourrait croire que ça se trouve en dehors des frontières, chez les barbares

[2] Foutus Américains qui ne peuvent s’empêcher de raccourcir leurs prénom. William devient Bill, Thomas devient Tom, Herbert devient Herbie, mais quand ce sont des prénoms simples, c’est pas assez compliqué. Norma Jean devient Marylin, quand on n’en est pas à itérer à la manière de John John ou dans un grand souci d’originalité de perpétuer le même prénom sur quatorze générations en ajoutant un junior.

[3] Etrange coïncidence, lorsque Bryson sort du Kentucky pour entrer dans le Tennessee, il croise une pancarte publicitaire pour la marque Burma Shave, qui est également un de mes titres préférés de Tom Waits.

Gosh it’s good !

Je le dis tout de go, la forme revient. Non non… ça ne me dérange pas de prendre le train. Si c’est pour vivre quelques bons moments avant de réellement commencer sa journée, je suis preneur. Et ça commence fort. Puisqu’une fois arrivé, je me suis retrouvé face au tout nouvel ascenseur de la gare, celui qui vient d’être aménagé pour permettre aux – allez, soyons fair-play – personnes à mobilité réduite – Dieu que ça sonne social et bien-pensant – de traverser les voies sans se prendre les pieds roues dans les rails, ascenseur donc, devant lequel une troupe était amassée, extatique et concentrée, face à la personne qui était terrorisée derrière les vitres fumées de la cage de verre. Estimant que suffisamment de monde était agglutiné et ne pensant pouvoir être d’aucune aide – et puis bon, j’étais quand même là principalement pour prendre le train – je me suis esquivé comme tout bon citoyen l’aurait fait en pareille circonstance. Simplement, le guichetier n’était pas à son poste et un écriteau disait de prendre son billet sur le quai. Où ça ? Par terre ? J’en prends un au hasard parmi les mégots et les détritus ? Dommage, je n’avais sur moi qu’un billet de 10 dollars[1], ce qui m’interdisait de prendre mon billet au distributeur. Qu’à celà ne tienne, je me tenais prêt à enjamber le tourniquet dès lors que l’attention des gens alentour serait détournée. Le guichetier est passé à côté de moi, qui, sagement, avais les bras croisés comme si de rien n’était. Un train est arrivé est j’ai profité de la cohue pour commettre mon forfait. Sur le quai, en tête de train, je respirais l’air, tendrement, presque avec extase, lorsque j’ai été happé par une conversation entre deux flics occupés à regarder une voiture monter sur le camion de la fourrière et qui s’étaient faits interpeller par une vieille aux cheveux noirs de jais remontés en chignon, comme dans les vieux films américains. Messieurs, une dame est coincée dans l’ascenseur !! – Oui et alors ? – Ben vous pourriez faire kekchose nan ? – Madame, z’êtes bien gentille mais on en vient et on s’est faits jeter par l’agent SNCF qui nous a demandé de ne pas nous acharner sur les portes comme ça, c’est qu’il y tient apparemment à son nouvel ascenseur ! – Ben oui mais comment on fait là ? – Ben on circule là, c’est qu’on n’a pas que ça à faire nous autres. C’est alors que j’ai plongé le nez dans le bouquin de Bryson, un léger sourire aux lèvres. J’aime le monde qui bouge. Dans le train, je suis resté assis sur les marches qui menaient à l’étage supérieur, entravant la course effrénée de dames parfumées comme des toilettes après usage et d’hommes qui, eux, feraient bien de masquer les odeurs avec le parfum de leur femme. Au cours de ma lecture ennivrante m’arrachant à chaque fin de phrase un sourire béat, je n’ai été dérangé que par quelques effluves d’haleine encore pleines de sommeil. Et après, qu’on me dise que les Français se lavent les dents le matin ! Arrivé à Pereire, toujours sans billet, j’ai bien été obligé de sauter à nouveau par dessus la barrière, et cela malgré le fait que j’ai le genou engoncé dans sa gangue orthopédique, sous les yeux ébahis d’une vieille dame, comme si je venais de courir un 110 mètres en haies en moins de dix secondes. Dans le métro, une place réservée m’attendait, aux côtés d’une jeune fille blonde charmante, qui dormait les jambes écartées, sa jupe relativement courte légèrement remontée. La grande classe. Je jette toujours un coup d’oeil à ce que lisent les gens, et je crois que je ne m’y ferais jamais. En sortant de la station, une quadra élégante tient sa jupe, parfaitement au courant que lorsqu’on sort d’ici, souffle un vent de force 6 à 7 sur l’échelle de Beaufort. Et comme chaque histoire qui commence avec un ascenseur, celle-ci se termine avec un ascenseur, puisqu’arrivé dans le hall de mon bureau, je me suis pressé pour prendre celui qui arrivait, mais celle qui était dedans et faisait mine de se recoiffer n’a pas du juger bon de m’attendre. Une envie de pisser me vrillait la vessie et j’ai pris sur moi pour monter les escaliers quatre à quatre, constatant avec effroi que la femme de ménage était encore là, et passait la serpillère dans les toilettes. J’avais le choix entre inonder la moquette de mon bureau ou détruire son travail impeccable en laissant des traces de tennis sur le carrelage noir. Mon esprit de sacrifice a ses limites et je lui adressai un sourire complaisant en courant vers la tinette.

Une fois assis, mon café passé, un barbu a frappé à la porte. Il portait les cheveux longs, relevés en chignon. Tiens, encore un chignon. J’essaie d’appeler Benjamin, mais ça sonne occupé. – Oui et alors ? – Ben il n’est pas là ? – Ben nan, mais il ne vient jamais ici. – Ah ? Il ne travaille pas ici ? – Ben nan, il travaille en dessous. – Oh ben mince, ben pardon de t’avoir dérangé. – Pas de mal. Je sens que je vais bien me marrer aujourd’hui.
Notes

[1] Désolé mais je déteste nommer la monnaie qui est la mienne et au vu de la presque équivalence de nos écus avec le dollar américain, cela ne dérangera personne, et puis ça fait un peu far-west ou film de truand.

Balade japonaise

Au fil de mes lectures, j’ai trouvé quelques petites perles, certaines anciennes, d’autres toutes fraîches.
Japan Time est un blog précieux, calme, égrénant ses billets à un rythme lancinant. Le dernier en date montre un visage particulier du Japon, celui des métiers imaginaires. Immédiatement captivé par le titre, je me suis délecté de cette douce lecture. Il faut que je dise à l’auteur que j’attends les autres volets avec impatience.
Il m’est revenu en mémoire le court billet de David sur le Blog du Japon sur les pêcheurs. Là aussi, j’aimerais en savoir un peu plus, voir des photos des ports et de l’activité de la pêche au Pays du Soleil Levant, qui comme le rappelle l’auteur, est avant tout une île.
Un peu plus loin, un site dont j’avais déjà parlé. Tokyo les yeux fermés regroupe des fichiers audio d’ambiance sonore dans le Japon moderne, au restaurant, à Akihabara ou à l’usine.
Une bizarrerie sur Alive in Tokyo. Et de magnifiques photos sur Made in Tokyo, juste avant la tempête. Et en dernière minute, des photos superbes de la côte de Yakushima chez Antipixel.
Je découvre également Here and the Japan, un blog sur le Japon au travers de ses objets et de ses lieux. Etrangement dépeuplé.

Running Fence, Sonoma and Marin Counties, California, 1972-76 : Christo & Jeanne-Claude

Après The Gates, événement grandiose que vous n’avez pas pu manquer, découvrez une autre oeuvre de Christo & Jeanne-Claude, Running Fence.

Running Fence, Sonoma and Marin Counties, California, 1972-76, une oeuvre magistrale, haute en symbolique que je vous invite à découvrir de toute urgence avec des photos magnifiques.

Running Fence, Sonoma and Marin Counties

The Gates, sur Flickr Blog, le tag et en particulier les superbes photos de Nachosan.

Jeunesse, Joseph Conrad

jeunesseUn des plus beaux livres qu’il m’ait été donné de lire ces derniers temps. J’avais déjà lu Conrad il y a quelques temps, mais je n’étais alors peut-être pas assez mûr pour cela. Ce qui est très étrange dans cette nouvelle, c’est le commencement. Marlow est attablé avec d’autres hommes et commence tout de suite à parler, jusqu’à la fin. Il n’y a pas vraiment de justification à ce départ précipité, mais cela donne un souffle épique très intéressant. J’adore les récits d’aventures et celui-ci est une vraie galère, mais admirablement racontée, dans un style très pur et concis. Une lecture à enfourcher de suite.
Préface de l’auteur:

« Au coeur des ténèbres » aussi suscita un certain intérêt dès le début, et de ses sources on peut dire au moins ceci : il est bien connu que les curieux vont fureter dans toutes sortes d’endroits (où ils n’ont rien à faire) pour en ressortir avec toute sorte de butin. Cette histoire et une autre qui ne se trouve pas dans ce volume constituent tout le butin que j’ai rapporté du centre de l’Afrique, où vraiment, je n’avais rien à faire.

Et on pompait toujours. Pas de changement de temps. La mer était blanche comme une nappe d’écume, comme un chaudron de lait en ébullition. Pas une échancrure dans les nuages, pas une seule âme même de la taille d’une main, ne fût-ce que pendant dix secondes. Il n’y avait pas de ciel pour nous, il n’y avait pas d’étoiles pour nous, ni soleil ni univers, rien que des nuages rageurs et une mer en furie.

Chomo, la sculpture et l'art total

chomo Il était peu connu du grand public, vivait comme un ermite dans la forêt, à l’abri des regards indiscrets et loin du monde parisien de l’art, et pourtant, il était un des plus grands artistes du XXème siècle et a inspiré bon nombre d’artistes.

Chef du “Village d’Art Préludien”, il vivait presque comme un clochard, moitié Facteur Cheval, moitié Dali, et de son recoin de la forêt de Fontainebleau, il a réussi à faire sortir la scultpture de ses galeries pour en faire un art naturel, brut et extérieur. Recycleur à la César, il était pourtant bien plus, une sorte de magicien poète qui parlait de lui à la 3ème personne.

« A ceux qui rentrent le soir couverts de terre dorée, aux têtes penchées quand se couche la lumière là-bas où la pensée et la mémoire se perdent ».

Chomo le grand, marabout des bois, il a profondément marqué toutes mes oeuvres, si modestes soient-elles.

L’homme est mort en 1999, devenu cette fois-ci complètement fou.