Le Dormeur (Chinois) doit se réveiller

Jolie métaphore d’un univers en repos dans un pays en pleine expansion économique – les corps reposés, reposant, à l’abandon dans le plus pûr délaissement de soi – situations comiques ou extravagantes, corps avachis, recourbés pleins de sommeil et de joyeuse bonhommie. Renard qui trotte, vaut mieux que lion qui dort. (proverbe turc).
Trois catégories de renards qui dorment, les hardsleepers, les softsleepers et les groupsleepers, sur Sleeping Chinese.


sleeping chinese
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City Shrinker

Du grand au petit – macroscopique ou microscopique – la taille d’une fourmi ou la démesure de la mégapole ; troublante image d’un monde déliquescent aux teintes mordorées et aux contrastes nets. City Shrinker.

City Shrinker

Enjoy the Loir et Cher

Chaque fois que je m’arrête dans le Loir et Cher,
Ils ne me laissent plus partir de chez eux.
Je leur dis qu’il faut que je rentre sur Paris,
Que je ne fais pas toujours ce que je veux
Et qu’il faut que je trouve encore un poste d’essence,
Que je n’ai pas le temps de finir ma bière
Et que je reviendrai un de ces dimanches
Passer la nuit dans le Loir et Cher.

Désolé pour ce massacre, mais ça me fait hurler de rire…
Enjoy the Loir et Cher… Continue reading “Enjoy the Loir et Cher”

Ace Hotel

Si toutefois l’envie vous prenait, en passant près de Portland dans l’Oregon, de crécher à l’hôtel, voici une adresse qui a l’air bien agréable, le Ace Hotel dont le site présente parfaitement l’aspect à la fois très vintage de la décoration et la modernité rangée de l’ambiance raffinée.
Et en plus, ils ont même des pots de confiture avec des vrais crayons de bois dedans. C’est pas chouette ça ?

Ace Hotel

Via Coudal.

Il écrivait une histoire

Sur la route du nord

Tous les soirs, il écrivait un histoire – une histoire sans intérêt qu’il arrivait à dérouler comme un tapis rouge, comme une invite à l’honneur – enturbanné dans ses draps, affalé sur son oreiller, il composait des histoires communes que son style rendait passionnantes et agréables à lire, les songes l’emportaient souvent, les rêves l’embarquaient sur de grands navires capables de franchir des mers inconnues aux abords d’îles vierges et encore inexplorées, dessinant portulans et cartulaires d’un autre âge.
Tous les soirs, il composait des petits textes dont lui seul avait le secret avant que le sommeil ne l’emporte, entre deux lignes de ses lectures princières et les romans affables de ses contemporains qui eux connaissaient la célébrité et la joie de figurer parmi les rayons des librairies et pour quelques uns des bibliothèques, au regard d’un monde qui ne l’a jamais attendu.
On l’appelait l’écrivain de la nuit, terré chez lui, dégingandé comme un pantin de bois entortillé dans ses draps blancs, ses endormissements secoués par les mots et les phrases qui s’entrelaçaient et se construisaient. De sa dormition émanaient des textes aux couleurs bibliques, aux relents mystiques, fleurant l’encens répandu dans les cathédrales, dans des dimensions surhumaines.
Tous les soirs il écrivait des histoires dans son esprit.
Tous les soirs. Et tous les soirs il s’endormait au beau milieu de ses histoires.
Tous les matins, il se réveillait en se demandant ce qu’il avait bien pu en faire.
Et tous les soirs, il écrivait des histoires.

Lenz – Georg Büchner

Photo © Giorgio Raffaelli

Neige en altitude, sur les flancs et les sommets ; et dans la descente des vallées, pierraille grises, étendues vertes, rochers, sapins. L’air était trempé et froid ; l’eau ruisselait le long des rochers et sautait en travers du chemin. Les branches des sapins pendaient lourdement dans l’atmosphère humide. Des nuages passaient dans le ciel, mais tout était d’une densité… puis le brouillard montait, vapeur humide et lourde qui s’insinuait dans l’épaisseur des fourrés, si molle, si flasque.

Lenz est un personnage étrange que j’ai eu l’occasion de rencontrer sous la plume de Deleuze et Guattari dans l’Anti-Œdipe. N’ayant pour habitude de lire des auteurs allemands, je me suis demandé quelle vision déformée je pourrais avoir de cette nouvelle incroyablement riche, écrite pas Georg Büchner d’après une lettre de Johann Friedrich Oberlin, dans laquelle on découvre l’errance d’un jeune homme (Jakob Michael Reinhold Lenz) perdu dans la forêt humide et froide des abords de la frontière franco-allemande. Le récit est, on le sent clairement, écrit d’un seul tenant et m’a laissé sceptique et froid, malgré d’évidentes qualités littéraires.
Finalement, c’est dans la note de Jean-Pierre Lefebvre que je trouve une explication à ce texte à la fois beau et glacial comme une bourrasque de vent neigeux.

L’essentiel demeure cependant l’irruption. Celle d’un homme un beau jour quelque part chez un autre. L’événement du 20 janvier. La date-schibboleth. L’événement qui souvent se présente dans la bouche de l’insensé, ou l’énigme de l’absurde. Les mots de l’insensé comme la majesté de l’absurde doivent être recueillis dans la transparence réelle qu’octroie parfois la nature. Sans fanfreluches poétisantes. Dans cette montagne aride et rude, les toponymes eux-mêmes en disent souvent la rupture, se terminent par bruch, bach, rupt