Amok

Aussi fous croyons-nous être, certaines journées sont ponctuées d’événements qui nous laissent croire que certaines personnes le sont encore plus. C’est dire ! Petit fou que je suis…

Dans les couloirs du RER, alors que je descendais les escaliers, une masse est venue s’intercaler entre mon champs de vision et les marches que je dévalais. Une fille, toute engoncée dans un imperméable kaki trop petit et les cheveux ramassés sous une casquette de gavroche venait de débouler devant moi, manquant de me faire trébucher. Je m’imaginais bien terminer ma course le crâne fracassé sur le rebord métallique d’une marche en béton. Non, ce n’était pas le bon jour pour mourir. Je l’ai toisée, de dos, de telle sorte qu’elle n’a pas du avoir bien peur de mon regard furibond.

Un peu plus loin, son pied, s’est retrouvé déséquilibré à cause d’une aspérité du sol. Son corps de pantin désarticulé a très désinvoltement esquissé un pas de danse léger et foncièrement ridicule, grotesque, comme si plus rien ne la retenait au sol, et son visage impassible est venu s’étaler lamentablement contre le mur de gauche comme un vieux flan tout flasque. Je n’ai pas pu m’empêcher d’éclater de rire, d’un rire qui voulait dire: “Bien fait pour toi, connasse !!” J’ai la rancoeur tenace.

Un homme s’est approché d’elle pour lui demander si tout allait bien, mais ce n’était pas moi. Ça va pas non ?

Photo © Mahadewi

Melissa

Spécialiste du dyptique, dans un style très soigné, très countryside à l’anglaise, Melissa se met en scène et shoote de très jolies scènes douces de la campagne. Un style suranné, sensuel et doux-amer.

Melissa

Andrzej Dragan

Portraitiste talentueux dont le travail est reconnu aussi bien pour ses couvertures de magazine (notamment avec David Lynch) que pour ses publicités, Andrzej Dragan travaille avec l’obscurité et le grain, dans des ambiances sinistres révélant la dureté des traits. Un univers sombre mais fascinant, tout en contrastes, présenté dans un bel écrin en flash très vivant. [Via Constantine1st]

Andrzej Dragan

Il pleut moins sur le trottoir d'en face

Dix-huit heures et quelques, je sors du boulot, légèrement grisé par une onde étrange, pétrie de mots retenus et de propositions avantageuses. Le temps vire au gris ventre de souris, l’air se charge d’humidité champêtre, je file jusqu’à la bouche de métro où les files d’attente serpentent dans les couloirs en cette veille de renouvellement de carte orange (au fait, lisez bien les écrans, la carte orange va bientôt disparaître au profit de Navigo, chouette non?). J’ai le nez plongé dans mon bouquin et je continue de marcher sur le quai du RER jusqu’au pilier qui me retient tous les jours, un bon gros pilier en béton bien froid couvert d’une peinture couleur pisse délayée. Il me semble que c’est Mylène Farmer qui pousse sa complainte dans les hauts-parleurs de la station, mais à ce moment là, je suis partagé entre Chimo qui m’apprend comment se prémunir des jaguars dans la forêt amazonienne et un bilan partiel et exhaustif d’une journée de travail.

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Dans le train, je m’assois là où il y a de la place, en l’occurrence, face à une quinquagénaire absorbée par la lecture passionnante de son programme de télévision et une femme charmante, a priori jeune, portant des jeans que ma soeur trouverait trop fleuris et un blouson de cuir rouge dont la forte odeur de tanin m’arrive en plein dans les narines. Les lunettes Dolce et Gabana sur la tête et son chemisier largement ouvert sur une poitrine rebondie et hâlée finissent de me convaincre qu’elle n’est finalement pas si jeune que ça. Il y a des signes qui trahissent l’état d’esprit et l’âge dans certaines catégories de population.

En sortant du train, la pluie tombe drue et malgré mes efforts pour passer entre les gouttes, je me retrouve trempé en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire. C’est alors que je tente un subterfuge à l’attention de l’eau du ciel. Je regarde la direction du vent et je m’aperçois que si je prends le trottoir de droite, je peux être protégé par les murs des propriétés qui longent la rue Chanzy, mais la rue Chanzy a une fin et je dois encore faire la moitié du trajet exposé en plein vent, pleine pluie. Je ne porte qu’un ticheurte et un pull et très vite, je sens que je vais être imbibé de tous les côtés, la face nord et le pic d’Aneto. L’eau ruisselle sur ma tête, faisant fi des cheveux coupés courts, s’immisçant avec perversité sur mon crâne comme une toile d’araignée et finit par goutter jusque sur mon nez, comme si un rhume sournois était en train de me narguer. Je tente de changer de trottoir, mais sur celui de gauche, il pleut beaucoup plus fort, c’est certain, alors je reste sur celui de droite, protégé du vent. C’est certain, il pleut moins sur ce trottoir.

trottoirPhoto © g@rota