Le réveil somptueux

Souvent le matin, je me réveille en me demandant si c’est arrivé, si tout autour de moi a changé, si la vie a enfin réussi à prendre d’autres couleurs et si je n’ai pas enfin été transposé ailleurs. Mais non. Tout est à sa place. Immuablement, stoïquement, en me regardant avec impertinence. Alors je sais que ça va recommencer pour toute une journée encore, et qu’il y a peu de chances pour que de tels changements espérés puissent survenir pendant la journée. Je continue, alors. Je me lève, je me lave et je pars, presque toujours avec le même rythme même si je comprends bien vite que toutes les journées n’ont pas la même couleur, rien n’est jamais pareil. Et pourtant, ce n’est pas exceptionnel, ce n’est rien. It’s nothing… Donc ça va recommencer. Je regarde dans le train toutes ces figures affreuses se repaitre de leur immonde dégueulis imprimé sur papier gaufré, certains sont beaux, d’autres ne m’inspirent qu’une vive répulsion à m’en donner envie de vomir. Je n’ai pas envie de lire et pourtant, je me plonge tout de même dans les pages sucrées de Fante, parce qu’il vaut mieux ça que le sombre gouffre du n’importe quoi. Je commence déjà à avoir faim, mes yeux trainent partout, je cherche quelque chose, je ne sais même pas si je pourrais le trouver un jour. Une ritournelle me trotte dans la tête, je sais que c’est un vieux blues, un saxophone couinant dans un coin. Pour la première fois de la journée, je vois mon visage reflété dans les vitres sales de miasmes des portes du métro, et je suis soudain effrayé par deux grosses poches fixées sous les yeux. Bordel, où est-ce que j’ai attrapé cette cochonnerie de fatigue ? Une fois de plus, ne pas se laisser abattre, sous aucun prétexte. Reprendre pied tout seul, puisque rien ne change, puisque rien ne se fait tout seul. Bon dieu de paresse !

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