J'avais tellement envie de ne rien te dire que ça me faisait mal

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Il s’est trouvé que ça c’est trouvé comme ça, c’était pas plus compliqué que ça, juste l’envie de ne pas parler parce que les mots sont chargés d’une sorte de puissance lorsqu’ils sont proférés à la volée dans l’air comme ça quand tu chantes ou que tu parles parfois même un peu trop fort, un peu au-dessus du lot un peu au-dessus de tout. Je me suis tellement perdu dans les mots, dans les histoires du passé dans les méandres du temps, un temps que je ne maîtrisais pas, des circonvolutions spécieuses et sans arrêt en décalage que j’ai fini par tout laisser tomber. Tu sais.
Quand je regarde derrière moi et que je vois la place vacante laissée, tout ce néant qui n’a plus de signifiant, j’essaie de me raccrocher à ce que je peux, et à défaut, j’efface à grands coups de gomme tout ce qui me déplait comme sur un grand carnet de croquis taché de mauvaises esquisses baveuses, je tire des traits, je biffe et caviarde, laisse des trainées de gomme qui s’enroulent autour d’elles-mêmes comme de petits étrons grisâtres lâchés là. J’efface et ce qui n’est pas encore effacé le sera forcément un jour. Je me souviens de tes mots (toi en particulier) lorsque tu m’as dit que je ne laissais pas de trace là où je marchais mais que nécessairement ce que j’écrivais ne pouvait que toucher et ne pas laisser insensible, mais je ne le fais pas exprès, tout ce que je fais, c’est écrire, déposer là quelques mots qui pour moi sont comme ma chair et mon sang et après les gens en font ce qu’ils en veulent, c’est vrai, moi je m’en fous après tout qu’on me lise ou non, qu’on me dise qu’on a lu et qu’on a trouvé ça bien, et puis je m’en fous d’autant plus que pour moi écrire n’est pas un besoin vital, je pourrais très bien m’en abstenir après tout, c’est juste que j’aime ça alors voilà, je te donne tout ça et ça peut très bien ne pas te plaire, ne pas te plaire du tout, mais que veux-tu que j’y fasse, ce n’est pas mon problème. Moi tout ce qui me plait c’est la corporéité de l’écriture lorsqu’elle est en phase avec le corps avec la chair en relation directe avec l’expression de ma pensée comme si elle n’était qu’un corps qui bouge et qui danse, transi d’émotion sensuelle, transporté par l’orgasme et tu ne diras pas le contraire chacun de mes mots contient ça en lui toute la potentialité des carnations tu le sais parfaitement parce que tu le ressens quand tu lis, allez dis-le, tu peux le dire, et puis merde, ce n’est pas bien grave parce que ça ne change rien à ce que je suis. Je m’en contre carre. Avec cette expression qui vient de mon père, je m’en contre carre. Super. J’adore.
Tu vois j’aime bien les dance floors parce qu’ils sont silencieux autant qu’ils sont licencieux lorsqu’ils ne sont plus que mouvements intenses et délibérations de la chair, quintessence de la séduction la plus élémentaire aux sons telluriques – on dit comment maintenant, telurik non ? – des percussions qui résonnent dans la poitrine et les corps qui se démènent dans une gigantesque vague de sueur et d’odeurs ne parlant qu’un seul langage, disant tout bas lorsque la musique assourdit et cache les mots « J’ai juste envie de toi » voilà c’est juste ça et pour moi l’écriture c’est ça c’est dire ça, « J’ai juste envie de toi ».
Bret Easton Ellis disait « il n’y a rien de pire qu’être contredit et défoncé »… Contentons-nous de n’être rien de tout ça. On a besoin d’ouvrir les yeux. Enfin, surtout moi.

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Belle d'ennui – trois actes

Alanguie

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1- A la volée un jour de pluie fine et harassante – rencontre au hasard du flux des passants, elle ne me regarde pas, me happe tout de même, un assemblage – quelque chose de connu comme un souvenir récalcitrant, elle est passée devant moi sans m’effleurer en captivant mon regard brillant, apeuré et triste, soutenu par une tendresse factice, déjà elle s’engouffre dans le tunnel du métro à toute vitesse – à une allure qui lui est certainement familière, elle a l’assurance de ces gens qui font le même trajet tous les jours. Les portes du train se ferment net après mon passage furtif et elle s’asseoit à quelques mètres de moi, ne me regarde surtout pas – elle ne regarde rien, pas même devant elle, son regard transperce tout vers un horizon qu’elle est certainement la seule à connaître – et que personne n’a envie de connaître. Je la dévisage.
Elle porte un blouson de peau sur lequel vient se nouer une écharpe de laine épaisse et écrue, un jean serré et des baskets usées – à son bras blanc et fin, une montre dont le bracelet métallique renvoie un éclat argenté – elle lit distraitement en le feuilletant un journal gratuit – son attitude m’attire comme l’aiguille d’une boussole et je m’emballe de la même manière – ses grands yeux bleus contrastant avec le rosé de ses pommettes plates, ses cheveux bruns coupés courts. Je ne me suis pas retenu de regarder ses fesses lorsqu’elle est passée tout à l’heure, rebondies et hautes sur ses jambes longues et fines. Un sac en peau lui aussi, passé sur l’épaule et dans la main une pomme qu’elle a pris la précaution d’envelopper dans un mouchoir en papier blanc.
Quatre stations plus loin, elle sort à toute vitesse – à peine le temps de la suivre, déjà je sors mon appareil photo et je la suis sur la trottoir de l’avenue qu’elle remonte avec prestance – une petite fée trépidante au milieu de la foule, en zigzaguant…
Je la dépasse en courant – la frôle – un parfum ! Je continue sur vingt mètres en la suivant du regard de peur qu’elle ne s’échappe, j’ajuste la focale, mise au point et je l’attends. Une dizaine de pas, huit – sept – six. Une rafale de clichés frontaux fait cliqueter bruyamment l’appareil, je ne m’arrête pas – elle me voit, s’interroge, elle comprend, grimace, son visage se durcit d’un seul coup et oubliant sa douceur qui paraissait si fine, hargneuse me saute dessus et me frappe sur la joue – effrontée qui me déchire la peau.
Un série superbe…

2- Au restaurant, je lui ai demandé de venir – elle est venue – contre toute attente, au grand restaurant orné de tentures couleur de sable tamisé, bien au-dessus de mes moyens – même les appliques murales paraissaient au-delà de mes moyens. Regard terne par-dessus mon épaule, elle a quand même fait l’effort de se maquiller, mais rien ne saurait masquer cette étrange attitude nonchalante et la familière pratique de l’ennui partagé avec sa conscience la plus intime.
Regarde tes photos je lui dis, c’est celles que j’ai prises tout à l’heure. Mais elle ne regarde même pas – n’a pas décroché un mot depuis qu’on est arrivé – la garce.
Qu’est-ce qui se passe ? Si tu ne voulais pas venir, rien ne t’obligeait à accepter mon invitation… Elle pose son menton sur sa main. C’est pas ça, je suis fatiguée. Je crois la voir lever les yeux au ciel.
C’est ça, t’es fatiguée.
Elle ne parle pas beaucoup, l’air d’une tigresse au repos à l’ombre d’un rocher. Elle ne parle pas beaucoup et se fout de moi en fait – je ne sais pas ce qui m’a pris de l’inviter, je n’ai pas grand chose à faire ici avec elle, et inversement. Et moi je continue, je fais défiler les clichés et cette idiote se lève soi-disant pour aller se repoudrer le nez ou je sais pas trop quoi – je reste là comme un imbécile, mon paquet de photos à la main.
Comment veux-tu parler avec une fille qui ne s’intéresse à rien. « J’en ai pas grand chose à foutre de tes photos à la con, qu’elle finit par me dire quand elle revient des toilettes.
– Mais tu t’es pris une ligne de coke ou quoi ? Pourquoi tu me dis ça ? Elles sont bien mes photos non ? Et puis ton expression neutre ! Regarde, tu le fais super bien…
Ouais c’est ça, je t’emmerde, tu me fais chier avec tes photos, qu’est-ce tu crois, tu penses que tu vas te faire du fric avec ?
– Ow ow ow, tu te calmes, qu’est-ce qui se passe ? In-cro-yable, grossière avec ça…
– Rien, j’ai pas envie d’être avec toi, je te connais pas, je sais pas qui tu es et je sais pas ce que tu veux et je sais même pas pourquoi tu m’as invité au resto ni pourquoi tu m’as prise en photo – t’es juste un gros con qui fantasme sur mon cul, c’est ça ?
– Ouais, c’est ça. » Je me sens dépité, j’ai plus envie de parler, alors je remballe mes photos dans ma sacoche en vrac comme un tas de feuilles de morte saison et je fais un signe au garçon pour qu’il débarrasse tout ça dans le lave-vaisselle, je ramasse pas les couverts, et tu m’apportes l’addition s’il te plait que je me tire, je te laisse t’occuper de mademoiselle je me fous de tout…
Elle est superbe – ses yeux clairs de topaze et sa peau diaphane, je lui jette un dernier coup d’œil à cette jolie que je n’ai pas envie de laisser, mais vraiment elle m’a l’air beaucoup trop conne pour moi, j’ai eu ma dose dans le passé et je préfère m’en débarrasser. Je la laisse avec le dessert qui arrive avec le serveur, je paie tout et je me tire.
Les rues sont déjà sombres, ma sacoche en travers de la poitrine – les mains dans les poches – il tombe de fines gouttes argentées comme des flocons de neige en tourbillonnant, constellant mon manteau de laine noire d’opercules argentées… descends la rue vers la bouche de métro. Envie de disparaître soudain, rattrapé… Continue reading “Belle d'ennui – trois actes”

Écrire nu

40th Street

Retour au lit. Et à l’insomnie. Cette femme. Comme je l’aimais ! Les sinuosités de son corps, la faim dans son regard traqué, la fourrure de son col, les échelles de son collant, l’oppression dans la poitrine, la couleur de son manteau, l’éclair de son visage, le picotement au bout de mes doigts, la filature élastique dans la rue, la lueur froide des étoiles, le mouvement têtu du croissant de lune, le goût de l’allumette, l’odeur de la mer, la douceur de la nuit, les dockers, le claquement des boules de billard, les notes perlées de musique, les ondulations de son corps, le rythme de ses talons, son pas décidé, le vieux avec son livre, la femme, la femme, la femme.
J’ai eu une idée. J’ai rejeté mes couvertures et bondi hors du lit. Une idée fantastique ! Elle m’a emporté comme un avalanche, une maison qui s’écroule, un vitre qui explose. J’étais fébrile, fou d’excitation. Il y avait des feuilles de papier et des crayons dans un tiroir. Je les ai ramassés avant de foncer à la cuisine. Il faisait froid dans la cuisine. J’ai allumé le four et laissé sa porte ouverte. Assis nu, j’ai commencé à écrire.

John Fante, La route de Los Angeles

J'habille les gosses et on y va

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Prends ton manteau et on y va qu’elle dit – oula mais où ça donc ? Ben on va voir le ptit hein mais quel petit je réponds ben celui qui vient de naître y’a trois mois – waow génial, j’avais pas noté ça dans mon agenda et la perspective de passer mon samedi après-midi à aller voir le ptit qui vient de naître y’a trois mois me revitalise d’un seul coup, sur le coup je me dis qu’on va bien se marrer mais je sais que je vais vite déchanter et puis m’ennuyer ferme – on arrive, on sonne ouais c’est nous, entrez allez-y donc, c’est à quel étage déjà ça fait une éternité, merde je sais plus attends je re-sonne ouais c’est à quel étage, ben pfff deuxième ah ok pardon, on arrive, c’est nous. La porte au deuxième s’ouvre, il est derrière la porte, salut toi, je te serre la main ou bien. Allez-y entrez qu’il dit, il a les yeux rouges et des valises sous les yeux asseyez-vous on se fait une bisounette avant ? Ben désolé hein mais le ptit qui vient de naître y’a trois mois est en train de dormir il a mal dormi cette nuit et nous aussi enfin surtout lui parce que moi ça va je dors bien.
Lui : Ouais…
En attendant on va prendre un tithé non qu’est-ce que vous en pensez avec des tigâteaux et puis des titrucs à grignoter parce que moi j’ai faim pas vous ? Alors j’ai plus de thé mais on va en boire un quand-même chéri tu peux faire chauffer de l’eau s’il te plait pour un tithé… blablabla Continue reading “J'habille les gosses et on y va”

Lily Spengler ou le scintillement, un air d'opéra en six actes, dont un sexuel

1. Le silence s’épuise en douceur. La ville meurt petit à petit, les lumières se taisent – appuyé sur la rambarde du pont je ressens les vibrations de ceux qui indolents marchent encore à cette heure non répertoriée – je ne sais pas quelle heure il peut être – le vent me brise les oreilles et s’insinue sous mon manteau comme une traîtrise acérée, la Seine ne fait aucun bruit, elle ne bruisse pas, ni ne plique ploque – elle ne fait que renvoyer les éclairs incisifs des réverbères plantés sur les berges comme autant de bornes kilométriques sur une route ondulante, il est certainement tard, ou tôt, ou peut-être suis-je déjà en enfer, j’allume une dernière cigarette et je recrache la fumée d’un seul coup et je tousse à m’en tordre l’estomac, c’est dégueulasse, je n’en peux plus – mes yeux s’éteignent avec le silence, je ne l’ai pas sentie s’approcher de moi.

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2. Je vois son parfum flotter autour d’elle comme une nimbe mystique, boisé et sauvage, un grand couturier, elle se pose à côté de moi, bras sur la rambarde et regarde au loin comme si la Seine serpentante filait à l’horizon me donnant tout à coup à voir un océan ridulé s’insinuant à l’envi sous nos pieds et l’infini au-delà des ponts aux épaisses jambes, regard malicieux et cheveux au vent glacé, perverse amoureuse adorable, pas un seul regard accordé, juste son odeur féminine et rugueuse, elle entrouvre les lèvres, lèvres flamboyantes pour me dire deux ou quelques mots qui déjà retombent emportés par le flot je ne l’écoute pas, je ne les écoute pas, il fait froid et mes yeux pleurent son image s’enfuit et se brouille, moi vers elle qui me regarde maintenant des yeux noisette sombre intense, pleins d’audace et de fierté, elle a envie de m’aimer, c’est ce qu’elle me dit. C’est ce que je comprends.

La Robe

3. Nous avons marché pendant quelques minutes en fumant et en nous disant des mots que je garde près de moi comme un souffle brûlant, elle me tenait par la main en regardant par terre et en me jetant quelque fois un regard lourd de désir, puis nous sommes allés ici, dans ce lieu que j’aime tant – là où les lumières rosées capturent l’obscurité au ras du sol, là où les lumignons de la couleur des oranges mûres laissent sur les tables basses leurs reflets dorés et apaisants et derrière le bar l’agitation des maids qui sans cesse remettent sur le comptoir des plateaux pleins de légumes crus taillés en longs morceaux que l’on plonge dans des bols de sauce qu’il faut manger accompagnés de quelques de coupes de Champagne – et nous ne parlons pas, rien, pas un mot juste ses yeux fichés dans les miens, de grand yeux dans lesquels je ne vois rien, pas de lendemain mais finalement je ne sais pas, je ne sais rien d’elle et je n’ai pas besoin de lui dire quoi que ce soit – c’est avec son corps qu’elle me parle et qu’elle ondule dans une danse délicate faite de vaguelettes – ses mots sont des attitudes et des cris déchirants de passion – entre deux verres de brume je respire le parfum de ses cheveux – ils me disent de me rapprocher d’elle et de prendre ses lèvres. Elle me les refusera plus d’une fois.

4. J’exprime des excuses minables parce que je n’ai pas voulu la voir et sa voix au téléphone me dit que je suis indigne d’elle, c’est certainement vrai alors j’invoque des mots et des dieux spécialement inventés pour elle – mais rien ne la calme – jusqu’à ce que je lui avoue qu’elle me terrifie et me glace sur place, terreur froide – je la sens se raidir et c’est le calme qui l’emporte – elle parle doucement et me demande de venir la voir tout de suite – une incantation – je ne refuse pas comment le pourrais-je – j’ai envie de la voir, elle me ronge comme une ingestion de vitriol détruit mes organes et me vide de l’intérieur – je descends les marches quatre à quatre (la porte ouverte de l’appartement ?) et manque de m’éclater les dents contre la rampe je cours de plus en plus vite à bout de souffle je dévale la rue jusqu’au carrefour prends à gauche et j’arrive à l’arrêt juste au moment où le bus un signe de la main repart m’attend ouvre ses portes – je m’engouffre en sueur…

5. Elle m’ouvre la porte presque nue dans son peignoir de satin, sans complexe et me dit de rentrer me prend la main viens ici toi et je m’exécute sans rien dire la sueur au front j’ai monté l’escalier éreinté et j’ai sonné sans attendre – elle me dit de m’asseoir dans ce fauteuil elle va dans la cuisine faire chauffer de l’eau pour le thé et de temps en temps me regarde comme pour me surveiller faire attention que je ne m’enfuie pas mais je ne pars pas – je ne veux pas je n’en ai pas envie je ne peux pas je suis bien là avec toi – tu veux un thé elle me dit euh non pas vraiment ça fait pisser moi j’en prends un elle me dit avec son sourire celui qui me fait rougir de honte – elle boit son thé et me parle de son chat je n’aime pas son chat il me regarde avec défiance comme si j’étais un intrus éviscérateur de chat alors que je me fous de lui tout ce que je veux c’est qu’il ne s’en prenne pas à mes chaussettes ou à mon caleçon, sale chat de merde avec ses yeux qui me triturent l’âme – elle fait tomber sa tasse alors que je suis en train de reluquer son chat et elle elle se jette sur moi comme une fauve sans prévenir et elle me prend encore la main et m’indique le chemin de sa poitrine et moi comme un fou je prends déjà son peignoir que j’ouvre en grand – sa peau douce ses seins généreux – elle m’emmène avec elle dans la chambre me plaque contre le mur puis se retourne me fait changer de place je ne sais plus quoi faire je ne sais pas ce qu’elle veut, elle me fait tourner la tête, son parfum et ses cheveux – j’ai l’impression de devenir dingue – dingue de son désir pour moi – elle est face au mur et respire fort je sens son souffle elle m’étourdit – ma main glisse sur son ventre et descend le long de ses cuisses, enfermée entre les deux elle me sert fort et m’invite à la fois – ses yeux sont ouverts elle fixe le lit de son regard dur – pendant que je la caresse elle ne cesse de regarder fixement et je la sens terriblement prête respire de plus en plus fort envoûtés par nos odeurs elle me renverse sur le lit et je me cogne contre le sol – elle me prend – elle m’a pris elle m’a volé je suis déjà mort… elle me dit deux mots à l’oreille que je ne comprends pas.

Moogjam

6. Mon téléphone sonne mais ce n’est pas elle – je raccroche. Elle m’a rappelé une fois mais je n’étais pas là et depuis plus rien. son message était laconique et sans substance, tu me manques elle m’a dit I miss you. Je ne sais pas ce qu’elle est devenue, elle est certainement partie au Brésil ou dans un pays où je n’irais jamais et je ne sais pas où je pourrais la chercher et encore moins la trouver pas plus que je ne connais qui que ce soit qui la connaisse, juste une adresse et personne qui sait ce qu’elle est devenue elle est partie volatilisée je ne sais où. Moi aujourd’hui, je ne vis plus parce que je reste avec ce désir d’elle que je n’arrive pas à éteindre et j’ai du mal à oublier cette chambre avec ce petit balcon duquel je pouvais voir tout Paris où je n’ai passé qu’une nuit à peine, nuit violente et nuit violée.
Lily Spengler est partie.
Elle n’a en fait rien dit.

Carnets d'hiver

Je me demande parfois pourquoi j’écris tout seul dans mon coin. Parfois même, je fais preuve d’un peu d’humour. Carnet Muji d’hiver nimbé de soleil.

Carnets d'hiver

Carnets d'hiver

Moleskine teasing

Puisqu’il faut bien commencer par quelque part, autant que ce soit par le début. Reçu trois Moleskine hier soir en provenance de Milan, de la firme Moleskine. Après quelques jours fébriles d’attente. Découpage, impressions, coups de cutter, coups de pinceaux à colle, les photos placées, délimitées, presque la moitié du carnet est déjà organisée. Alors pour un avant-goût, la page de garde… Pour les autres, il va falloir être un peu patient.

Moleskine H-1

Idéogramme

Photo © Jim Epler

Un idéogramme ne produit pas sur le cerveau japonais une impression similaire à celle créée dans le cerveau occidental par une lettre ou une combinaison de lettres – symboles mornes, inanimés de sons vocaux. Pour le cerveau japonais, un idéogramme est un tableau animé, qui vit, parle et gesticule. Et une rue japonaise est toute peuplée de caractères vivants de ce genre – figures qui crient aux yeux, mots qui sourient ou grimacent comme des visages.

Lafcadio Hearn, Ma première journée en Orient

Absolument Moleskine

Il y a quelques temps, peu de temps après la sortie de Netizen et l’interview que j’y avais consacré, j’avais été contacté par un Monsieur très bien d’une agence de com’ pour devenir blogueur de marque (c’est à dire en gros être payé pour administrer un blog destiné à vendre, pour glorifier les bienfaits d’une crème de jour ou de produits toxiques pour désinfecter les toilettes) et il m’avait demandé si ça ne me dérangeait pas de me vendre au profit d’une marque, de mettre mes talents de rédacteur au profit d’un grand groupe, pour 300 euros par mois. Regard presque bovin – je ne m’attendais pas à ce genre de question. Bien sûr que ça me dérange ! Mais au même titre que ça me dérange de travailler, de vendre mon temps pour des choses que je ne connais que de loin dans la chaîne de production, et au même titre que ça me dérange d’acheter des produits de grandes consommations dont je ne connais pas les méthodes de fabrication, ni l’impact de cette production sur l’environnement ! Mais voilà, il faut bien croûter ! Il faut ramener des thunes dans le foyer pour faire bouillir la marmite, alors je lui ai dit de me filer mon cachet et que j’allais le tenir son blog ! Et puis de toute façon, il y a bien longtemps que je me suis résigné et je sais à présent que pour vivre, il faut parfois savoir vendre son cul. Bon, en fait, ça ne s’est pas fait, pour diverses raisons.

Lettres sauvages C-20

Hier soir, j’ai reçu un mail d’une gentille dame représentant une marque célèbre, en l’occurrence Moleskine (détenue par la Société Générale), louant mon travail sur les carnets de note du même nom et insistant sur le fait qu’ils représentent parfaitement l’esprit de la marque et elle me demande de lui envoyer un de mes carnets pour l’exposer au Frankfurt Book Fair en octobre et au London Book Fair en avril (l’équivalent du Salon du Livre de Paris, regroupant 23000 membres, des professionnels de l’édition). Comme je ne suis pas super chaud pour envoyer un de mes Moleskine, surtout parce que je n’en ai fini qu’un seul et que celui-ci se trouve à présent à Chêne-Bourg, la gentille dame me propose de m’envoyer gratuitement par DHL un Moleskine de mon choix afin que je le remplisse et que je le retourne. Bonne idée ça, ouais. Du coup, j’ai commandé un cahier extra-large ruled, couverture noire, de 120 pages que je dois remplir en moins d’un mois. Un beau challenge et des heures de boulot, de collage, de mise en forme, d’écriture…

La récompense ? Cinq Moleskine à la clé, le format et le layout que je désire. Et puis une gloire éphémère, représenter une marque pour un travail jugé de qualité.
Le risque ? Des milliers de visiteurs du Salon pourront manipuler mon carnet, la petite dame ne me garantit donc pas l’état dans lequel je vais le retrouver. Du coup je me dis que je réserverais bien une petite surprise aux gens qui seront susceptibles de voir mes pages.
Quoi d’autre ? La satisfaction d’accomplir un travail qui intéresse des gens et partager ça. Rien de plus, mais ça me suffit.