David Vetter, l'enfant bulle

En regardant distraitement d’un oeil endormi la télévision, je suis tombé hier soir sur un documentaire de Barak Goodman concernant David Vetter, l’enfant bulle. Son cas n’est pas très connu en France, mais aux Etats-Unis, il a profondément marqué la conscience collective et provoqué des débats éthiques pour le moins houleux. Né le 21 septembre 1971 dans un isolateur, il était atteint d’un SCIDS* et a passé en tout les seules douze années de son existence enfermé dans cette bulle à l’atmosphère stérile.

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Le drame dans cette histoire n’est pas tellement le fait de sa maladie génétique et incurable, mais l’atmosphère absolument abjecte qui a régné autour de cette histoire. Tandis que le seul recours qui s’imposait à lui pour une tentative de guérison partielle consistait en une greffe de moelle épinière, ses médecins ont préféré le maintenir dans une isolation complète le temps de trouver un remède – lequel n’existe toujours pas. On voit l’évolution de David dans le temps, ses moments de solitude, douloureuse et affligeante, des moments sauvages confinant à la folie furieuse, dans une ambiance d’acharnement thérapeutique honteux. Le pire dans cette histoire, c’est la défection des médecins, lesquels se sont tous retirés de l’affaire les uns après les autres, certainement conscients de leur impuissance. Aujourd’hui encore, leur dernier témoignage laisse croire qu’ils ne regrettent rien et ils en veulent encore à la terre entière que personne n’ait compris leur démarche.
David décède en 1984, alors que les psychiatres ont pris le relais sur les médecins et que l’opération de la dernière chance soit tentée. La greffe de moelle n’a pas pris et David est parti à l’âge de 12 ans sans avoir connu autre chose que son monde aseptisé qui l’avait rendu à moitié autiste. Un vrai drame pour la science, pour tout un pays, mais surtout pour un petit bonhomme qui n’a jamais rien demandé à personne.

* Syndrôme sévère combiné de l’immunodéficience.

14 Replies to “David Vetter, l'enfant bulle”

  1. Merci toi! Ce petit billet me donne la pêche pour bosser. J’ai eu ma part de discours débile aujourd’hui sur mon métier et je me dis en voyant cette histoire que oui j’ai raison de me démener parce que au bout de la chaine il y a des petites bouilles qui ont besoin de solutions pour vivre mieux. Alors le prochain qui me sors les tests sur les animaux c’est maaaaaaaaaaaaaaaaal je lui démonte la tête sans même lui expliquer pourquoi et patati et patata… okay? Allez j’y retourne.

  2. J’ai vu le reportage !
    Et depuis il n’y a pas une heure ou je ne pense pas a David !
    C’est d’une tristesse cette histoire !
    La mort dès la naissance aurait été pour lui la solution la moins pénible …

  3. J’ai vu cet OVNI télévisuel à l’esthétique tout droit tiré d’E.T. (on aurait les mêmes scientifiques au chevet de ce gamin au regard si sombre), et le plus terible en effet est l’aveuglement coupable de ces “médecins” qui ne semblaient avoir qu’une ambition : être le nouveau Pasteur !

  4. Johnbob, oui bien sûr, je sais pas où j’avais la tête…
    reflexvital, évidemment, la tentation d’avoir son nom écrit au Panthéon est grande et les médecins sont souvent bourrés d’orgueil.

  5. J’ai vu ce documentaire à l’age de 6 ans et il m’a profondément marquée. 32 ans après, je me souvenais du titre et de l’année à laquelle je l’ai vu.

    Savez vous ou je peux me procurer la vidéo?

    Je suis tout à fait d’accord avec votre commentaire en tout cas.

    Merci

    Marion

  6. Et moi je défonce le crâne à celui qui veut défoncer le crâne aux opposants aux expériences in vivo sur les animaux. On n’a pas à les torturer pour sauver des tortionnaires en puissance.

    Cela dit, je compatis au sort de David, que j’ai découvert, à l’époque, dans un article de Paris-Match. Le calvaire qu’on lui a fait subir pendant 12 ans était politiquement correct. Une fin prématurée mais humaine ne l’eût pas été. L’éthique vaticane est sauve.

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