Domino days

1

– J’ai pris le parti d’écrire même lorsque par exemple je suis dans le train. Lire ou écrire, voici des actes qui ne font pas perdre de temps, car j’ai trouvé l’environnement idéal pour m’exprimer. J’écoute souvent Roland Kirk et c’est quelque chose qui risque de devenir récurrent. Désormais, avant de prendre un livre, je me demanderai si je n’ai pas quelque chose à écrire. Il faudrait vraiment que dans le train, je ne fasse qu’écrire, décrire les gens, inventer des histoires, profiter de ce moment de repos pour mettre mon imagination à contribution. Soit je me force, soit j’attends que ça vienne, mais généralement, je n’ai pas ce genre d’effort à faire. Quoi qu’il en soit, le jazz est beaucoup moins déprimant que le blues, plus entrainant, plus reposant aussi, et j’ai du mal à faire sans mon petit Roland Kirk dans les oreilles. Pour l’instant, j’écris. Quand j’en aurai les moyens et la disponibilité je passerai au sexe.
– Tu as raison, c’est une activité autrement plus amusante.
– Oui, mais pour ça, il faut du temps et des conditions favorables. Un peu comme quand on veut prendre la mer. Il ne faut pas partir sans bateau.
– C’est un peu idiot ce que tu dis, mais je comprends l’idée.
– Tu vois, j’aimerais envisager des petites scènes, des micro-clichés, des instantanés enjolivés, magnifiés, transcendés… juste des portraits, des descriptions de moments…
– Doucement sur les énumérations, quand-même, ça fait sale.
– J’étais dans le train. Il y avait à l’autre bout du wagon, une jeune fille avec de longs cheveux teints au henné, elle portait des lunettes aux montures épaisses. Je l’ai regardée longtemps jusqu’à temps que son regard croise le mien et je crois que ça l’a gêné.
– J’imagine… Vieux pervers, va !
– Lorsqu’elle a vu que je la fixais, la seconde fois qu’elle a croisé mon regard, je pense qu’elle était tellement gênée qu’elle ne savait plus où regarder, à droite, vers moi, à gauche, vers moi.
– La pauvre, tu as dû la rendre folle.
– En tout cas, elle a rougi. Et du coup, elle s’est avachie dans le fauteuil de telle sorte que je ne puisse plus la voir. Quand elle est descendue du wagon, j’ai pu voir dans son regard qu’elle savait que c’était fini.
– Et toi aussi tu le savais non ?
– Oui bien sûr, ce genre de choses n’arrive presque jamais et si on ne fait rien sur le coup, c’est terminé. Ça n’arrivera plus, c’est trop tard.
– Avec une autre ?
– Oui mais pas tout de suite, le potentiel de séduction s’est évaporé, et ça ne marche pas non plus à tous les coups.

2

– C’est pas compliqué non plus, tu écris un petit peu tous les jours.
– Qu’il y ait une fille à proximité ? Ou pas ?
– Ça n’a rien à voir, enfin je ne crois pas.
– Tu veux dire que tout n’est pas affaire de sexe.
– Non bien sûr, pas tout, ça en fait partie, grandement, mais ce n’est pas tout.
– Je ne pensais pouvoir t’entendre dire un jour ce genre de conneries.
– Ouais, tu as raison, c’est idiot. Mais on peut très bien écrire sans en parler non ?
– Je suppose.
– Le truc, c’est qu’à chaque instant, il faut se placer dans une situation particulière ; se demander si ce qu’on vit à l’instant présent, à chaque instant, est quelque chose qui mérite d’être écrit ou de susciter une histoire.
– Et c’est pour ça que tu notes tout ?
– Oui absolument. je ne veux rien perdre, même si mes notes finissent par s’entasser.

3

– Ce matin, j’ai suivi une fille dans les couloirs du métro entre le RER et le quai.
– Encore ?
– Oui mais attends, celle-ci était superbe. Elle portait un tailleur noir cintrée, très class, et ses longs cheveux bruns et bouclés venaient recouvrir ses épaules. Pas maquillée du tout. Elle devait être arabe, ou peut-être espagnole, je ne sais pas.
– Ouais et puis on s’est fout en fait.
– Je l’ai suivi lorsqu’elle est descendue du train et on s’est retrouvé dans la même rame du métro. En fait, c’est elle qui est venue vers moi. Dans la rame, elle s’est posée contre la porte et elle me regardait fixement.
– Et toi tu faisais semblant de bouquiner, comme d’habitude ?
– Exactement. Et tu ne sais pas ce qu’elle a fait ?
– Je sens que je vais le savoir.
– Elle s’est rapproché de moi tout doucement, j’avais sa poitrine et son décolleté sous les yeux, juste à côté de mon bouquin.
– Aie, tu devais être mal.
– Non, j’ai très bien géré la situation.
– Et tu as fait quoi ?
– J’ai plongé mon regard entre ses seins, des petits seins ronds et bronzés, un très léger voile de dentelle noire les recouvrait.
– Waow
– Comme tu dis, j’étais bien là. Je bougeais plus. Je pense qu’elle a beaucoup apprécié. Mais elle s’est enfuie et je ne l’ai jamais revue.

4

– Parfois, j’aimerais avoir un appareil photo pour prendre tout ce qui me semble beau au moment où je le vois.
– C’est à dire ?
– Hier soir, je marchais derrière une fille avec des jambes pas très jolies.
– Ça commence mal.
– Oui mais il y avait du vent qui venait de derrière.
– Ça devient intéressant.
– Et le vent plaquait sa robe légère contre ses fesses, elle avait des fesses superbes. Sa robe était cintrée, mais juste sous les seins, très étrange.
– Un petit air champêtre non ?
– Voilà. Et plus je m’approchais d’elle, plus j’avais l’impression qu’elle n’avait pas de culotte.
– C’est vrai ?
– Je ne sais pas, je ne suis pas allé voir.

5

– Dis-moi, c’est pas la saison pour porter un short ?
– Ben si, on est au mois de juin quand même.
– Oui, d’accord, mais il ne fait pas chaud.
– C’est vrai.
– Je viens de voir une fille en short, avec un blouson.
– Il faut croire qu’elle devait avoir chaud au cul.
– Ouais…

6

– Le problème avec le vélo, c’est qu’en faire alors qu’on – je veux dire, les femmes – porte une jupe ou une robe, c’est prendre des risques.
– Des risques minimes, somme toute.
– Oui mais réfléchis deux secondes. Tu es une femme superbe, tu portes une robe printanière, et tu prends ton vélo. Est-ce que tu n’as pas peur que les hommes cherchent désespérément à regarder tes sous-vêtements ?
– Je ne porte pas de sous-vêtements de femme.
– Oui, mais tu es une femme en l’occurrence. Sérieusement.
– Disons que si je suis une belle femme, j’aime à imaginer que les hommes se retournent sur mon passage pour tenter de voir mes sous-vêtements. Même si je n’en porte pas.
– Tu n’en porterais pas ?
– Je ne sais pas, peut-être que si j’étais une belle femme, je ne serais pas pudique.
– Je te le dis tout de suite, tu serais une femme, tu ne me plairais pas du tout.
– Et pour tout te dire, je m’en tape complètement.

7

– Tu te rends compte que si on était au 16è siècle, nos discussions seraient censurées.
– Je pense surtout qu’il y a longtemps qu’on nous aurait pendu par les couilles.
– Y’a de grands chances.
– Et puis imagine que si on avait écrit tout ça, on se serait retrouvé lapidé en place publique.
– Je pense même qu’on nous aurait condamné, avec un chef d’inculpation du genre “sodomie”.
– Ouais, ben heureusement qu’on est au XXè.
– Non, XXIè maintenant.
– Oui, c’est vrai.

8

– L’autre jour au marché, j’étais avec mon fils, chez le poissonnier. Mon fils regarde la poissonnière avec des yeux ronds comme des billes, comme d’habitude. Elle lui dit “oulala, tu as les yeux qui pétillent mon bonhomme… petit coquin”
– Ça c’est vrai que ton bout de chou, il respire la joie de vivre.
– C’est pas tout ! Elle le regarde et puis elle me regarde, et là, elle me dit “Ah, c’est le même regard…”
– Ben c’est normal…
– Oui mais elle n’a pas dit à moi que j’étais un petit coquin.
– Tu voulais qu’elle te demande en mariage ?
– Euh nan, pas la poissonnière, nan nan.
– Bon ben alors, de quoi tu te plains.
– Ouais, nan, fais comme si j’avais rien dit.

9

– Je vais te dire un truc, ces dernières années, je me suis rendu compte d’une chose.
– Ah oui ? La quelle ?
– Je pense que depuis quelques temps, les femmes me voient vraiment comme un homme dangereux.
– Un homme dangereux ? Comment ça ?
– Je pense qu’elles me voient comme un prédateur.
– Cela dit, elles ont raison, c’est ce que tu es.
– Oui mais je crois que ça se voit, ou alors qu’elles le sentent.
– Ça ne serait pas étonnant, les femmes sentent quand elles sont en péril.
– Oui mais je pense aussi que les hommes me voient aussi comme un homme dangereux.
– Il faut croire que les hommes aussi sentent quand ils sont en péril.
– C’est ce que je crois aussi.
– Tout le monde a peur de toi… Salaud.
– Ils n’ont pas peur, ils me voient simplement comme une menace potentielle.
– Bourreau des coeurs, va !

10

– J’ai vu une fille hier soir, j’en rêve encore.
– Bon Dieu, mais tu penses un peu à autre chose ?
– Non, pourquoi ?
– Et donc ?
– Elle était assise derrière son mec, sur un scooter.
– Et c’est ça qui t’a fait rêver ? Il t’en faut peu.
– Non, c’était ces jambes, des jambes interminables. Elle portait des collants gris dans des bottes en daim grises.
– C’est tout ?
– Non, elle portait une chemisier aussi, et une minijupe grise, c’est rare les filles à poil sur un scooter, tu sais.
– On ne sait jamais.
– Oui ben là non. Et puis je ne sais pas si tu as remarqué mais c’est souvent que les filles qui accompagnent un mec sur un scooter sont magnifiques, portent des minijupes prêtes à craquer à cause de leur position sur le siège, enserrant les cuisses de leur mec, ça me fait fantasmer ce genre de truc.
– Ben écoute, la façon que tu as de présenter les choses me donne tout à coup envie de m’acheter un scooter.
– Oui enfin, ça ne fait pas tout non plus.
– Mais c’est vrai ce que tu dis, jamais on ne m’a serré avec ses cuisses comme ça.
– Ouais, hein ? Ça fait rêver…

11

– Parfois, j’aimerais bien, quand je passe près d’une terrasse où il y a plein de filles, j’aimerais bien qu’on m’interpelle et qu’on me demande de venir m’asseoir parmi toutes ces jeunes beautés fraîches.
– Mais ça n’arrive jamais ?
– Non.
– Remarque, dis-toi une chose, c’est que si les filles sont en entre elles à la terrasse d’un café, c’est qu’il y a une raison.
– Ah oui et laquelle ?
– C’est que c’est un moment pendant lequel elles ne veulent pas s’embarrasser de la présence des hommes, tu vois ?
– Pour se raconter des trucs de filles ?
– Oui, j’imagine.
– Oui ben n’empêche, c’est pas une raison.
– Si.
– Oui, bon OK. Autrement dit, j’ai dit une connerie.
– Presque.

12

– Je suis monté dans le train. Dans le premier wagon, il était prêt à partir.
– C’est rare les trains qui partent à l’heure.
– Celui-ci avait décidé de partir à l’heure. J’ai cherché une place et c’est là que j’ai vu une jolie fille, un peu ronde, avec les cheveux courts.
– Tu t’es assis à côté d’elle ?
– Non. Pourtant, j’avais décrété que c’était la plus jolie du wagon.
– Etrange, tu es malade ?
– Non, j’ai pas osé, c’est tout.
– Ouais, tu es malade.
– Bref, je me suis assis près de la fenêtre et là, une autre plus jolie fille du wagon est venue s’asseoir à côté de moi.
– Ah ben tu vois, si tu ne vas pas à elles, elles viennent à toi.
– Je pense aussi, mais j’étais tellement crevé qu’en fait, je ne me suis pas intéressé à elle.
– Oula, y’a un truc qui ne va pas chez toi.
– Par contre, dans ces trains-là, il y a un porte bagage au dessus de nos têtes. Autrefois, c’était des filets, mais maintenant, c’est du plastique transparent et du coup, en se positionnant bien, on peut voir les gens qui sont deux ou trois sièges devant, c’est intéressant.
– Ne me dis pas que tu as passé ton temps à regarder ?
– Non, j’ai lu un peu. Mais j’ai passé pas mal de temps dans le décolleté de la fille qui se trouvait juste devant moi.

13

– Je vais finir par passer pour un incorrigible mateur.
– Ce que tu es !
– T’es un jeune trentenaire en pleine santé, si tu matais pas les femmes, je me ferais du souci pour toi.
– Oui mais je veux pas passer pour un grognard qui a la dalle.
– Oui bon OK. Tu peux mater discrètement aussi. T’es pas obligé de te lécher les lèvres et de te toucher les parties génitales quand tu reluques.
– Tu as raison, je suis quelqu’un de discret.

14

– Pourquoi certaines femmes tiennent leur sac à main dans le creux de leur bras, la main relevée ?
– Je ne sais pas… Certainement parce que… Non, je ne sais pas.
– Ça leur donne l’air con, je trouve.
– Tu me permets de ne pas avoir d’avis sur la question ?
– Parfaitement.
– Désolé hein…
– Mais je t’en prie.

15

– Dis-moi un truc, tu sais, la vaisselle cassée, c’est un mythe non ?
– Euh, comment ça, je ne vois pas ce que tu veux dire…
– Oui tu sais, les scènes de ménage avec de la vaisselle cassée.
– Oui je vois, mais pourquoi demandes tu si c’est un mythe ?
– En fait, je me disais que je n’avais vu ce genre de scène.
– Et donc, parce que tu n’en as jamais vu, c’est un mythe ?
– En quelque sorte.
– Oui mais, ce genre de scène, c’est plutôt privé, ça se passe rarement en pleine rue.
– Sans blague. Non, ce que je veux dire c’est que parfois, tu entends des gens se chamailler parce que les fenêtres sont ouvertes.
– Ouais, je vois ce que tu veux dire.
– Et dans ces cas-là, tu entends rarement de la vaisselle qu’on casse.
– C’est pas faux.
– Et puis tu vois, je me dis que pour casser dans la vaisselle, il faut se trouver dans la cuisine. Parce que si tu en train de t’engueuler avec ta femme dans la chambre, ou dans la salle de bain, tu ne vas tout de même pas aller dans la cuisine, ouvrir le placard et jeter par terre quelques assiettes, histoire de casser des assiettes, parce que par exemple, ça fait bien de casser des assiettes quand on s’engueule.
– C’est pas idiot ce que tu dis.
– Pourquoi ? D’habitude, je dis des conneries ?
– T’es con.
– Ben… Tu viens de dire le contraire.
– Ta gueule. Mais sinon, je pense que tu dois avoir raison, la vaisselle cassée, ça doit être un mythe.
– Ben voilà. Encore un mystère de résolu.

16

– Elle était toute jeune, je ne suis même pas certain qu’elle puisse avoir plus de vingt ans…
– C’est pas vrai ?
– Mais si, par contre, les deux autres, elles s’en tapaient comme de leur première chemise.
– Merde alors.
– Je te jure, elle s’appelait Aïda, comme l’opéra. Elle avait de longs cheveux noirs bouclés, un minois coquin. Incroyable.
– Et elle te dévorait du regard, comme ça ?
– Absolument, je t’assure qu’elle était prête à me manger tout crû.
– Merde, c’est pas à moi que ça arriverait ce genre de trucs.
– En même temps, tu peux pas savoir si tu ne regardes pas les jeunettes.
– Je vais y songer.
– Moi je dis, y’a rien de plus gratifiant qu’une petite minette qui croque un vieux de trente berges comme moi.

17

– Une chose est certaine, c’est pas le vendredi soir qu’on peut faire des rencontres dans les supermarchés.
– Pourquoi ça ?
– Waterloo, morne plaine.
– Ah. A ce point ?
– Rien, nif de nif, nada. Rien de valable.
– De toute façon, le vendredi soir, je ne fais pas mes courses.
– Ça c’est un scoop.
– Je préfère le samedi soir, c’est là que tous les petits jeunes achètent leurs bières pour leurs soirées bitures.
– Ah tiens, j’avais jamais envisagé les choses comme ça.
– Tu devrais penser de temps en temps.
– Connard.

18

– Qu’est-ce que tu aimerais faire le matin en te réveillant?
– Regarder un petit cul de dix-huit ans qui te sourit dès que tu ouvres les yeux.
– Rien que ça.
– Ouais.
– Tu dis ça parce que tu n’as pas un cul de trente ans qui te sourit quand tu te réveilles.
– Là tu as touché un point sensible.
– Honnêtement, je connais des culs de trente ans qui valent bien ceux de dix-huit.
– Tu me les présenteras ?
– Pas question.
– Jaloux.

19

– J’ai remarqué que dans les magasins de vêtements pour femmes, il y avait souvent… des éléments…
– Oui ?
– Comment dire…
– J’attends.
– Des éléments étrangers, ridicules.
– Comment ça ? Je ne comprends pas.
– Les hommes.
– Les hommes ?
– Oui, les hommes qui sont avec leur femme dans les magasins de fringues.
– Tu peux développer ?
– Ben, quand tu regardes les hommes qui suivent leur femme dans ce genre de magasins, ils ont l’air perdu, ils suivent comme des petits chiens, d’un air absent et détaché.
– Et ?
– Je pense qu’ils s’emmerdent.
– Ce n’est pas moi qui te dirait le contraire.

20

– Oui ? Tu voulais dire quelque chose ?
– Oui.
– Je t’écoute.
– Je te trouve un peu macho parfois.
– Macho ? Moi ? T’es dingue ou quoi.
– Si, je trouve que tu parles des femmes avec irrespect.
– Tu débloques mon pauvre.
– Ah oui ? Et pourquoi ça ?
– Parce que j’aime les femmes, j’aime leur beauté et leur pouvoir de séduction, j’aime leur manière de provoquer les hommes, parfois de manière inconsciente, j’aime quand elles montrent leur décolleté de manière à faire détourner les regards.
– Oui mais parfois, tu es limite.
– Je suis limite rien du tout. Simplement, je m’exprime. Là où d’autres, hypocritement, se taisent.
– Tu as marqué un point.
– Non mais !

21

– J’adore le quai du métro.
– Le quai ?
– Oui.
– Il existe des endroits un peu plus sympathiques que le quai du métro.
– Hmmmm pas sûr.
– Bon vas-y explique.
– J’ai remarqué que le quai du métro à l’heure où les gens sortent du travail ont quelque chose de romantique, de très sensuel. Lorsqu’il fait chaud, on y voit des femmes en tailleur qui tombent leur veste, on sent quelque chose de relâché, de détendu, et c’est à ce moment là que je sens les femmes les plus vulnérables.
– Il suffirait d’un rien.
– D’un pas grand chose. C’est ce que je me disais hier lorsque je perdais mon regard sur le poitrine blanche de cette japonaise toute fine, son cou lisse et doux.
– Tu as touché ?
– Non, mais j’ai beaucoup d’imagination.

22

– Aujourd’hui, c’était la journée des petits seins.
– Pardon ?
– Aujourd’hui, c’était la journée des petits seins.
– Oui ça j’ai entendu mais ça veut dire quoi ? C’est comme la journée de la femme ? La journée des droits de l’homme ?
– Non, mais aujourd’hui, je n’ai regardé que des femmes qui avaient des petits seins.
– …
– Ouais.
– Et alors ?
– C’est beau les petits seins, c’est mystérieux. Ça a quelque chose d’intemporel. J’imagine que certains hommes ne regardent pas ces femmes à la poitrine plate, même si elles sont très belles.
– Je trouve ça triste.
– Oui, moi aussi. Ce n’est qu’injustice. Et puis caresser des petits seins, je trouve ça incroyablement excitant.
– Fais quelque chose.
– Oui, je vais faire ça. Réparer l’injustice des femmes qu’on ne regarde pas parce qu’elles ont des petits seins.
– Tu vas t’y prendre comment ?
– Je vais compenser le regard inexistant des autres hommes.

23

– Rien n’est plus amusant que de tourmenter une belle femme.
– Tu me fais peur, parfois.
– Non, n’aies pas peur. Ce que je veux dire, c’est que quand tu as une belle femme en face de toi, c’est facile d’en rajouter une couche. Hier, je me suis pris la tête à la banque avec la guichetière parce qu’il y avait des frais injustifiés sur mon compte.
– Les salauds.
– J’avais raison, ce sont eux qui se sont trompés. La guichetière était une métisse, certainement d’origine thaïlandaise, très belle, un peu ronde, un visage parfait. Lorsque j’ai vu que les choses tournaient à mon avantage et qu’elle n’arrêtait pas de se confondre en excuses, j’en ai profité. J’ai fait sembler de me fâcher tout rouge et en même temps, j’avais quasiment le nez dans son décolleté.
– Et alors ?
– Elle me laissait faire. Comme si cela faisait partie du package “excuse envers le client”.
– T’es vraiment qu’une merde.
– Ouais. Mais après tout, autant en profiter non ?
– Je réitère. T’es vraiment qu’une merde.
– Oh ça va, épargne moi ça s’il te plait. Une fois que j’en avais terminé avec elle, je lui ai fait mon plus beau sourire et je me suis cassé.
– Profiteur.
– Merci.

24

– Je suis rentré du boulot ce soir avec l’air idiot.
– Une fois n’est pas coutume.
– En allant me laver les mains dans la salle de bain, je me suis regardé dans le miroir.
– Joli narcissique.
– Abruti. Je me suis rendu compte que j’avais du café séché sur le nez.
– Ah oui, tu devais avoir l’air con.
– C’est rien de le dire. Le pire, c’est que mon dernier café remontait à 10h00 du mat’. Je suis resté avec cette tâche sur le nez toute la journée.
– Et personne pour te le faire remarquer, évidemment.
– Bien sûr.
– Des ingrats…
– Oui. Tous.

25

– J’adore les filles à moto.
– A moto ?
– Oui à moto.
– Pourquoi spécialement les filles à moto ?
– Parce que généralement elles portent des vêtements très près du corps.
– Ah oui je vois, le cuir, tout ça…
– Non, je m’en fous du cuir. C’est cette courbe particulière, l’angle que dessinent leurs cuisses avec les jambes et le reste du corps. Il n’y a rien de plus beau que les cuisses, des cuisses moulées dans un jean, tendues et palpitantes…
– Hmmm.
– Et puis je sais pas, une femme sur une moto, elle porte un casque, on ne voit pas son visage, c’est un mystère sur un bolide, il y a quelque chose d’excitant.
– Je vois ce que tu veux dire. Mais ça marche avec le scooter aussi ?
– Oh merde, ferme-la.

26

– J’ai fait un truc pas bien.
– Ah bon ? Quel genre ?
– Le genre pas bien.
– Le genre qui fait se sentir coupable ?
– Voilà, exactement.
– Vas-y, raconte.
– J’étais chez une amie, tu vois, une ex, le genre d’histoire qui date de dix ans, peut-être même plus.
– Ah ouais.
– Ouais. Et à un moment, elle était assise à côté de moi. Je regardais ses mains. Elle a de très jolies mains. Des mains sensuelles.
– Oula.
– Et je sais pas pourquoi, je me les suis rappelées dans d’autres circonstances.
– Oh ?
– Oui, j’ai fermé les yeux et je me suis rappelé ses mains sur mon corps, me caressant, lorsque nous étions nus dans son lit.
– Oush.
– C’est pas bien hein ?
– La question est plutôt “est-ce que c’était bien ?”
– Oui, c’était bien.
– Alors c’est pas mal.
– Tu dois avoir raison.

27

– J’aime bien rester sur les parkings, dans ma voiture.
– A regarder les gens.
– En quelque sorte.
– Les femmes ?
– Evidemment.
– Tu es là, dans ta bagnole, et tu sens un parfum qui vient de loin.
– Hmmm.
– Une fille ouvre son coffre, une jolie brune élancée. Elle change de chaussures, tout doucement, en prenant son temps.
– Des chaussures pour les courses ?
– Je sais pas. Tout est dans le geste. Elle prend son temps, elle change de chaussures, un geste tout simple qui laisse supposer que quand d’autres circonstances, elle pourrait prendre tout son temps…
– Des chaussures…
– Ses pieds, elle avait de très jolis pieds.

28

– Dans les couloirs du train, j’étais derrière une femme.
– Ce sont des choses qui arrivent.
– Je suis resté le regard rivé sur ses chevilles, elle avait des chevilles sublimes.
– Pourtant tu n’aimes pas les pieds !
– C’est vrai mais j’adore les chevilles. C’est rare que je marche en regardant les pieds des autres. J’étais complètement fasciné, c’était un pur de moment de bonheur de la regarder monter les escaliers.
– Il t’en faut peu.
– Non, c’est faux. Par contre, je suis tombé en mille morceaux quand j’ai vu son visage. Bon Dieu ce qu’elle était laide la bougresse.
– Comme quoi ça n’a rien à voir.
– Mais alors, rien du tout.

29

– C’est moche les histoires d’amour.
– Pourquoi tu dis ça ?
– Parce que souvent, ça tourne mal.
– Oui ben si ça tournait pas mal, ce ne serait pas des histoires, mais des choses figées dans le temps.
– C’est pas bête ce que tu dis là.
– Ça m’arrive de temps en temps.
– En même temps, un couple qui dure toujours, c’est qu’il y a un problème, ou des mensonges.
– Ou de l’hypocrisie.
– Surtout de l’hypocrisie.
– C’est moche hein ?
– C’est surtout ça qui est moche.
– Ouais.
– Parfois je me dis qu’entre un homme et une femme, ça ne devrait pas aller plus loin qu’un simple regard, qu’un simple sourire.
– Tout commence à merder quand tu as déjà le pantalon en bas des genoux.
– Ouais, c’est vraiment moche.

30

– Il y a parfois des choses que je ne comprends pas.
– Du genre ?
– Du genre, hier soir quand je suis sorti du train, je suis tombé nez à nez avec une fille superbe, une coiffure légère, la peau hâlée, un tailleur sobre et un haut noir, elle avait de magnifiques jambes longues, un galbe parfait, perchée sur des talons, genre la classe quoi, et elle était là, elle avait l’air d’attendre quelqu’un.
– Et ? C’est ça que tu ne comprends pas ?
– Non, parce qu’en fait, elle avait très impatiente, un peu comme si elle poireautait depuis deux heures.
– Tu l’as dit, c’était peut-être quelqu’un de très impatient.
– Oui mais non, on pouvait presque sentir de l’inquiétude sur son visage.
– Un lapin ?
– Ouais, ça y ressemblait.
– Ben ça arrive tu sais.
– Ouais, mais pas à ce genre de filles, on ne pose pas de lapin à ce genre de fille.
– Ce genre de fille est peut-être du genre chieuse, va savoir.
– Tiens, pourquoi je ne pense jamais à ce genre de choses…
– Parce que. Je suis là pour ça.

31

– Quand tu vois une fille de loin et qu’elle te semble superbe, je trouve que le temps qu’elle arrive jusqu’à toi est incroyablement excitant.
– Et parfois tu déchantes.
– Ça m’est arrivé, mais pas pour la raison que tu imagines.
– Raconte.
– Je l’ai vu arriver de loin, une fille avec les cheveux teints en orange, le genre de fille un peu sophistiqué.
– Hmmm.
– Et au fur et à mesure qu’elle s’approchait, je voyais bien qu’elle était magnifique, et ça devenait de plus en plus flagrant.
– Mais ?
– Mais quand on s’est croisé, je me suis rendu compte qu’elle ne devait pas avoir plus de 16 ans.
– Ouille.
– Ouais, comme tu dis. Trop jeune pour être belle.

32

– Par la malpeste !
– Gné ?
– J’ai du mal.
– Du mal à quoi ?
– Du mal à me relire.
– Relire quoi ?
– Tiens, regarde, c’est noté là. J’ai pris des notes et je n’arrive pas à me relire.
– Fais-voir.
– Juste là.
– Alors… Aux formes…
– Ouais, jusque là ça va.
– Aux formes généreuses au rayon littérature francophone…
– Aux formes généreuses au rayon littérature francophone…
– C’est ce que je lis.
– Ouais, ben ça doit être ça.
– Et tu ne vois pas ?
– Pas trop non.
– Désolé, mais je ne peux pas t’aider.
– Je vois ça.
– Bien bien bien.
– …
– Ssssss
– AH ! J’y suis, je me souviens d’elle.
– Ahh ben voilà, quel panache…
– Ah ouais, je me souviens parfaitement d’elle, au rayon littérature francophone… Ouais ouais ouais…
– Bon ben vas-y raconte.
– Désolé, mais non. Je garde ça pour moi.
– Je vois le genre.

33

– Dis-moi, as-tu déjà rencontré une nymphomane ?
– Non, pas que je sache. Ou alors… Non.
– Moi non plus. C’est triste non ?
– Pas vraiment, c’est quand même un trouble psychique, non ?
– Oui mais là n’est pas le problème. Ce que je veux dire, c’est qu’il parait que c’est assez répandu et malgré tout ça, ça ne m’est jamais tombé dessus.
– Tu ne dois pas fréquenter les bons endroits.
– Ah ? Parce qu’il y a des endroits pour ça ?
– Non, je dis ça, c’est parce que je ne sais pas quoi dire d’autre.
– Ouais, OK, en tout cas, c’est pas à moi que ça arriverait ce genre de chose.
– Qui sais…
– Pas toi en tout cas. J’aimerai tellement qu’une femme m’épuise.

34

– Tu sais quoi ?
– Non.
– J’aime l’été.
– Tout le monde aime l’été mon garçon, et personne n’aime être malade.
– Oui mais moi j’aime l’été.
– Oui ben moi aussi.
– Certainement, mais peut-être pas pour les mêmes raisons que moi
– Explique moi ça.
– Ben il n’y a rien de tel que l’été pour voir des jambes fines, toutes lisses, les culottes qui deviennent apparentes sous les jupes volantes et légères, les épaules qui se dénudent, on commence à voir des bretelles de soutien-gorges et des petits hauts affriolants qui laissent voir les rondeurs de la poitrine…
– Moi aussi j’aime l’été pour ça.
– Ah… Tu vois !

35

– Ça ne t’arrive jamais d’être gêné par un regard ?
– Si bien sûr, mais quel genre de regard ?
– Le genre de regard qui te déshabille.
– Hmmm oui certainement.
– Et par une fille que tu ne trouves pas spécialement jolie, quelqu’un qui te dérange ?
– Je ne sais pas à vrai dire.
– M’étonne pas tiens. Et qu’est-ce que tu ferais si ça t’arrivait là, ces prochains jours.
– Rien, je suppose.
– Ben pourquoi ?
– Parce que ça ne me dérangerait pas au point de penser à faire quelque chose pour éviter ce regard.
– Parfois je me demande si tu n’es pas un peu trop nonchalant.
– Mais je t’emmerde.
– Réponds à ma question.
– Je ne sais pas moi, je changerais de place, quelque chose dans le genre.
– Tu ne ferais rien qui puisse déranger la personne ?
– Du genre ?
– Du genre se fourrer les doigts dans le nez.
– Mais t’es vraiment con, toi !
– Certainement, mais c’est toujours ce que je fais.

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36

– A ton avis, qu’est ce qui fait que certaines femmes sont plus vulnérables que d’autres.
– Hmmm, je ne sais pas, l’âge, les soucis…
– Je ne crois pas en fait.
– Et quelle est ta théorie ?
– Je pense que les femmes les plus vulnérables sont celles qui ne s’attendent pas à ce qu’on s’intéresse à elles.
– Du genre ? Les pas belles ?
– Non, pas nécessairement, mais je pense plutôt à celles qui ne sont pas assez sûres d’elles, qui se disent que de toute façon, elles ne font pas le poids comparées à des mannequins et qui restent persuadées que les hommes ne regardent que les beautés suprêmes.
– Ce qui est faux.
– Ne le dis pas trop fort, de peur que le charme se rompe.
– Et que fais-tu de celles qui sont trop sûres d’elles ?
– Très bonne question, j’allais y venir. En fait, elles le sont tout autant, très certainement, mais d’une autre manière.
– Dans quel sens ?
– Dans le sens où généralement, elles ne pensent pas pouvoir flancher parce que “tout va bien, je suis heureuse“, jusqu’au moment où tu mets le doigt sur le truc qui blesse. Et là, c’est généralement le chaos. Volontaire ou pas.
– Tu as l’air de savoir de quoi tu parles.
– Ouais.
– Et ?
– Et rien. Désolé.

37

– L’autre soir, j’avais un énorme bouquet de roses rouges à la main et je me promenai dans la rue, et je me suis aperçu de quelque chose de marrant.
– Que les roses avaient des épines ?
– Ahahah très drôle, et puis de toute façon, elles n’avaient pas d’épines, alors coucouche panier. Non, en fait, je regardai les autres me regarder.
– Les femmes non ?
– Evidemment. Et c’est marrant. Certaines te regardent avec un petit sourire de complaisance, ou de complicité, je ne saurais dire, en tout cas, quelque chose d’attendri.
– Oui, c’est toujours mignon un homme qui offre des fleurs.
– Et puis tu as d’autres genres de regards, des regards aigris, de celles qui doivent se dire qu’on ne leur offre jamais de fleurs à elles.
– De l’animosité.
– Presque, c’est assez effrayant. Et alors, je me suis demandé si je n’en ai pas croisé une ou deux qui se disaient qu’elles auraient bien aimé que le bouquet leur soit adressé.
– Comme ça ? Sans raison ?
– Ouais, et je me suis même dit qu’un jour je pourrais essayer de faire ça. Acheter des fleurs, et les offrir à la première femme qui me regarde avec envie. Je verrais bien.
– Toi tu vas finir par te prendre une torgnole un de ces jours.
– M’en fous. Je ne saurais pas tant que je n’aurai pas essayé.

38

– Mmmm.
– ?
– Quoi ?
– Pourquoi tu souris bêtement comme ça ?
– Je ne souris pas bêtement, je souris… légèrement.
– Oui ben tu as l’air bête.
– Merci, mais c’était un sourire que tu ne peux pas comprendre, il était adressé à cette jeune fille là-bas.
– Et tu as besoin d’avoir cet air niais ?
– Ecoute, je ne sais pas si tu le sais, apparemment non, mais les femmes sont très sensibles au sourire.
– Ah OK, c’est certainement parce que je ne suis pas une femme que je te trouve aussi niais.
– Voilà, ça doit être ça. Tu devrais essayer un jour. Tu croises une femme qui te plait, tu lui souris, presque timidement, les sourcils en virgules comme si tu avais presque honte de faire ça, et tu verras ce qui se passe, la plupart du temps, tu auras un sourire chaleureux en retour.
– Mmm.. Tu es certain de ce que tu avances ?
– Tu ne pourras jamais savoir si tu n’essaies pas. Le truc, c’est d’avoir un sourire suffisamment discret pour qu’il laisse paraître exactement le contraire de ce qu’il signifie.

39

– Tu sais… Ce matin, il m’est arrivé un truc magnifique.
– Vas-y raconte.
– Hier soir je suis sorti avec une fille superbe, nous sommes allés au resto, on a bien mangé, on a pas mal bu et puis je l’ai emmenée chez moi.
– Ouais, comme d’habitude quoi.
– Pas vraiment.
– Pourquoi ? Je ne comprends pas.
– Oui je vois ça. Nous sommes allés chez moi donc, et j’ai ouvert une bouteille de Champagne, nous avons beaucoup parlé, jusqu’à ce que le jour se lève.
– Vous avez parlé ?
– Ouais, je sais , ça parait dingue.
– Un peu oui.
– Et puis nous nous sommes endormis tout habillés sur mon lit, dans les bras l’un de l’autre. Et nous nous sommes réveillés dans la même position.
– …
– Quoi ?
– Tu ne serais pas…
– Ben vas-y, parle.
– Tu ne serais pas en train de tomber amoureux toi ?
– …
– Hein ?
– Non.
– Non ?
– Non. Ces choses là, c’est terminé pour moi.
– Comment ça terminé ?
– Terminé. Fini. Plus rien. C’est quoi que tu ne comprends pas dans ce que je dis ?
– Rien. Je trouve ça étrange, c’est tout, comme si c’était quelque chose que tu pouvais contrôler.
– Evidemment que je peux le contrôler, je ne vois pas ce qui te choques là-dedans.
– Ça ne me choque pas, je pense simplement que ce n’est pas quelque chose qu’on décide frontalement.
– Eh bien c’est là que tu te trompes. Pour moi, c’est simplement une question de survie.

40 et fin

– Voilà.
– Voilà quoi ?
– Voilà, c’est fini.
– C’est fini ? Mais qu’est ce qui est fini ?
– Les femmes, le sexe, l’amour, toutes ces conneries.
– Mais qu’est-ce que tu racontes ?
– Je… J’ai trop donné, j’en peux plus.
– Mais enfin c’est quoi cette histoire ?
– C’est pas une histoire, c’est la réalité. Je ne ressens plus rien.
– Mais parle-moi bordel !!!
– C’est ce que je fais, je suis là devant assis à côté de toi et je te dis que tout ça c’est terminé.
– Je ne comprends rien.
– En fait, je ne sais pas trop quoi te dire d’autre, sinon que depuis que je me suis fait dégagé par cette fille, c’est un peu comme si j’étais mort, psychiquement dénué de tout, incapable de me sentir vivant, même lorsque je m’abandonne. Je t’assure que je ne ressens plus rien. J’ai tenté de noyer mon désespoir dans le sexe, en levant tout un tas de filles que je ne respectais même pas, tout ça certainement pour assouvir un désir de vengeance sourde. Elle m’a complètement vidé de ce que j’étais, je ne sais pas comment elle a pu autant me détruire. Sincèrement, je pensais que c’était le genre de chose dont on pouvait se préserver; résultat, je suis rincé.
– Toi…
– Oui moi, je suis vidé tu sais, je ne peux rien y faire. Je crois qu’elle m’a transformé en monstre. Je pense que je pourrais tuer quelqu’un sans ressentir quoi que ce soit.
– Et qu’est ce que tu vas faire maintenant ?
– Rien. Rien qui ne puisse me sortir de l’impasse.
– Tu penses vraiment qu’il n’y a rien à faire ?
– Je ne sais pas. Tu as une idée là tout de suite ?
– Non. Pas vraiment.
– Tu vois.
– Je suis désolé.
– Ne le sois pas. Il n’y a qu’une seule chose que je puisse faire…
– Quoi donc ?
– Espérez que je puisse par un moyen ou un autre la rendre aussi malheureuse que je le suis, faire en sorte que comme moi, elle ne puisse plus avoir confiance en quiconque, je lui souhaite ça avec toute la haine dont je suis capable. Avec une haine aussi puissante qu’était mon amour pour elle…

in memoriam…

Lois du management et médiocrité ascensionnelle

Il y a bien longtemps que je garde ces mots dans un coin de mon blog, attendant que la crispation se relâche pour le publier. Ce texte a été écrit le 25 Juin 2003 sur le site Actufinance. Son histoire dans mon histoire personnelle a une place un peu particulière puisque j’ai lu ces lignes avant même de comprendre qu’il n’était qu’un texte post-moderniste, c’est à dire qu’il se base sur un simulacre de pensée, qu’il remet en cause sa propre histoire et qu’il crée un asservissement. Pour plus de compréhension, voir les deux billets consacrés à Jordi Vidal.

Au commencement, en 1969, c’était Laurence J. Peter qui énonça pour la première fois son fameux principe : ” Dans une hiérarchie, chaque employé tend à s’élever jusqu’à son niveau d’incompétence ” déclarant par la même occasion, et sans modestie, vouloir fonder une nouvelle science : la ” hiérarchologie ” ou ” science de l’incompétence au travail “. Les constatations sur lesquelles se fondait Peter étaient les suivantes : dans une organisation quelconque, si quelqu’un fait bien son travail, on lui confie une tâche plus complexe. S’il s’en acquitte correctement, on lui accordera une nouvelle promotion. Et ainsi de suite jusqu’au jour où il décrochera un poste au-dessus de ses capacités. Où il restera indéfiniment.

Le principe de Peter a deux importants corollaires. D’abord, dans une organisation, le travail est réalisé par ceux qui n’ont pas encore atteint leur niveau d’incompétence. Ensuite, un salarié qualifié et efficace consent rarement à demeurer longtemps à son niveau de compétence. Il va tout faire pour se hisser jusqu’au niveau où il ne sera plus bon à rien !

De ce principe est née ce qu’on appelle la Variante de Dilbert. Dilbert, vous connaissez ? C’est l’anti-héros de cette BD best-seller, où le monde de l’entreprise marche sur la tête. Scott Adams, son papa, n’est jamais resté assez longtemps dans une entreprise pour devenir franchement incompétent. Pourtant, en la matière, il en connaît un rayon. Il a ainsi remarqué que les entreprises avaient trouvé la parade au principe de Peter : ” Les entreprises affectent les incompétents là où ils feront le moins de dégâts : aux postes de direction pour les empêcher de faire trop de dégâts sur le terrain “.

De là est née La loi de Parkinson (rien à voir avec la maladie du même nom) citée dans l’ ” Encyclopédie du Savoir Relatif et Absolu ” d’Edmond Wells:

” Plus une entreprise grandit, plus elle engage des médiocres surpayés. Pourquoi ? Tout simplement parce que les cadres en place – arrivés au sommet selon le principe de médiocrité ascensionnelle décrit par Peter- n’aiment pas qu’on leur fasse de l’ombre et veulent éviter la concurrence. La meilleure manière de ne pas risquer d’affronter de rivaux dangereux c’est encore d’engager des incompétents. Du coup, les incompétents restent entre eux. La meilleure manière de leur ôter toute volonté de faire des vagues est de les surpayer. Ainsi les castes dirigeantes sont-elles assurées d’une tranquillité permanente.

Selon la loi de Parkinson, une entreprise a donc intérêt à se débarrasser de ses éléments dynamiques peu payés pour les remplacés par des léthargiques surpayés au nom de la tranquillité générale mais en réalité pour que les castes dirigeantes soient assurées d’une tranquillité permanente.

De ces principes sont nées des lois bien connues dans le monde de management telle la loi de Goldin : ” La généralisation de l’incompétence est directement proportionnelle à sa hauteur dans la hiérarchie. ” ou celle du Management de Vail : ” Dans chaque projet, le travail est sous-traité aux niveaux hiérarchiques inférieurs. ” ou encore celle de Conway : ” Dans chaque organisation, il y a toujours quelqu’un qui comprend ce qui se passe. Cette personne doit être licenciée. ” ou celle de la Distribution technico-hiérarchique ” La compétence technique de toute personne est inversement proportionnelle à son niveau hiérarchique “. etc. etc..

Ces principes sont parfaitement valables en France où, pour un poste de responsabilité, j’ai remarqué qu’entre un compétent et un médiocre on hésite pas une seconde.

Les dernières fois

Raymond Depardon

Raymond Depardon – Voyages

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Les dernières fois ont parfois le goût de l’amertume et de la nouveauté ; les derniers jours sont souvent ceux qui restent le plus longtemps en mémoire et qui trainent derrière comme un batterie de casseroles accrochée à la voiture des mariés. Dernier jour sur la plage face à l’Océan avec le soleil qui fait coucou de la main en te susurrant à l’oreille qu’il est temps d’aller te coucher parce que demain tu dois te lever tôt et qu’il faut prendre la route avec tous ces cons, dernière soirée avec tes amis parce que demain tu pars pour un lointain pays étranger et que tu ne les reverras pas de sitôt tous ces goguenards qui t’ont tant fait marrer, dernière fois que tu embrasses cette fille parce que tu ne la reverras plus c’est certain, elle a décidé de faire son chemin, parallèlement ou perpendiculairement au tien et tu sais quand-même que tu la reverras dans quinze ans, elle se sera mariée avec un ex-athlète et elle vivra dans une fabuuuuuuuleuse maison dans la Vallée de Chevreuse avec ses deux enfants, dernière fois que tu manges dans ce petit restaurant qui dans un mois fermera ses portes mais tu ne le sais pas encore.
Aujourd’hui, c’était ma dernière fois à mon bureau, dans mon service, avec mes collègues et ça me fait tout bizarre, j’en ai le ventre serré – à moins que ce ne soit encore cette vacherie de gastro – et je n’irai pas jusqu’à chialer mais quand-même, mais voilà, je suis un peu ému, un peu attendri par mes collègues, certains avaient la voix qui tremblaient comme celle d’une vieille poule – deux d’entre eux m’ont même claqué la bise – et d’autres avaient un peu les yeux humides – tiens, prends un kleenex® – et puis moi, débonnaire, j’ai été invité à boire le Champagne dans mon nouveau service, comme ça, parce que c’est bien de se boire une coupette avant le week-end et merci pour tout, on a bien travaillé – cette ambiance va me plaire je sens, et dix-neuf heures arrivant, j’ai oublié qu’il fallait que j’aille signer mon contrat et j’y suis finalement allé, lu les quelques lignes – parafe chaque page, bon pour accord, lu et approuvé, signez ici, monsieur le PDG et moi-même – voilà, c’est fait, je suis content, c’est officialisé et lundi j’embarque mon carton et mon PC quatre étages plus haut, et c’est ma nouvelle vie qui commence dans un département commercial avec plein de responsabilités et tout ça, je suis content, même si c’était ma dernière fois – apprendre à tourner une page est un exercice qui ne va pas de soi et qu’il faut apprendre à entreprendre avec une certaine sérénité – ici, mais ce ne sera pas la dernière dernière fois, il y en aura plein d’autres – bon dieu, je me mangerais bien un confit de canard avec des pommes de terres sarladaises – et voilà, c’est tout, on est vendredi soir et c’est fini pour moi ici.
J’éteins la lumière, la photocopieuse – partir le dernier – et laisser derrière un petit quelque chose, au revoir messieurs dames, les rues sont remplies de gens qui vont d’un endroit à un autre sans but apparent, on est vendredi soir et il pleuviote tendrement dans les rues jaunies par les lampadaires d’altitude, Collected Stories de Kipling à mes côtés et une chanson des Stones à la radio, je me suis arrêté au tabac pour acheter des sucreries aux fruits et puis j’ai laissé l’air du dehors entrer dans la voiture par la fenêtre le nez émoustillé comme une truffe de chien qui aurait passé sa tête par la fenêtre – un chien avec des lunettes de soleil aux verres fumés, un chien qui ne veut qu’une chose, être un peu heureux, juste une petite léchouille sur la joue et pisser contre un arbre…

La part infime

J’ai pris le chemin le plus court, celui qui incite à en dire le moins possible.
Les mots, je les tranche, j’entaille mes paragraphes, je réduis mes textes et d’une prairie d’herbes hautes, je fais un gazon propret, en choisissant mes mots, en les soupesant.
Et alors, j’ai commencé un travail d’économie qui consiste à tendre vers le moins possible, la plus petite part de moi-même, la part infime.

Symétrie

Un petit peu chaque jour, avec une tasse de café

chantier en hauteur

Le soir venu, j’ouvre mon gros cahier de brouillon – c’est ce qui est écrit dessus – à spirales, pratique, je rassemble quelques stylos histoire de tout avoir sous la main – je déteste tomber en panne d’encre et je m’aménage mon petit espace de confort, une tasse de café fort dans une petite tasse noire de laquelle s’échappe une fumée légère, au-dessus de la mousse brune, de quoi me rafraîchir aussi, une boisson aux agrumes pétillante, mes notes de travail et je me lance, je récupère mon idée de la veille au soir et j’enchaîne immédiatement – les phrases viennent naturellement, elles coulent et s’articulent, mes idées sont nettes, je sais où je veux en venir et ça fonctionne, c’est clair pour moi et pour mon stylo aussi, ma pensée se matérialise sous forme de mots en connexion directe – c’est tellement agréable de se dire qu’il n’y a plus de frein à ce que je veux écrire. Du travail, de la discipline, la volonté de construire quelque chose d’agréable à lire, un petit peu chaque jour, avec une tasse de café.

Jan Faßbender

Le travail de Jan Faßbender a ceci d’intéressant qu’il puise au coeur de la nature la vision déformée que nous pouvons en avoir. Chez lui, tout tourne autour de la transformation, de ce qu’il appelle l’architecture du paysage, et de l’empreinte de l’activité humaine sur la formulation du paysage, même discrète.
Un travail pointilliste et méticuleux…

janfassbender.de/a_d_l.html

Via Conscientious.

Motrice n°16019

La plateforme était envahie du bruit monotone et régulier des roues métalliques sur les rails à grande vitesse – seul – la tête posée contre la vitre qui tremblait – je regardais les tampons exercer leur travail sous la pression du wagon contre la motrice, l’attelage qui grinçait sous le coup de la vitesse – sur les côtés et sous moi le paysage et le ballast défilaient à vive allure me donnant le vertige et exerçant sur mon regard la fascination des instants que je ne peux partager avec personne – en ce moment, toute mon émotion passe par le regard et la vue seule me procure le trop-plein de sensations dont j’ai besoin.

Voyage

Je me mets à rêver des Voyages de Raymond Depardon (éditions Hazan), un livre de photos qui se lit comme un roman – même avec peu de textes – laconiques, jetés là comme pour faire bonne mesure.
L’Afrique au quotidien en tête de livre.
Mon regard vagabonde sur les éclairs laissées comme une route lumineuse par le pantographe sur le caténaire.

Voyage

Je saute quelques pages pour retrouver ces photos d’une femme qu’il a aimé, une femme aux cheveux courts, au visage lisse et fermé. Elle me rappelle quelqu’un – à moins que ce soit moi qui cherche absolument à trouver une ressemblance.

Voyage

Des photos au grain parfait, sensuel, des photos humaines où le cadrage parfait n’est parfois pas tout à fait droit – l’inclusion d’un peu d’humanité de l’autre côté de l’objectif.
Le train continue sa course en cahotant – mon regard reste fixé sur ces numéros peints en blanc sur la tôle rouge vif : 16019.

Du bon usage des notions de géométrie dans l'espace en milieu urbain

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Devant ma tasse de café bien noir bien chaud bien sucré j’écoute d’un œil distrait la radio qui blablate et me donne le cafard – je ne demande jamais à écouter les actualités qui me semblent d’un autre temps – remémoration des années 30 – et je tombe ou plutôt me tombe dessus un communiqué du Ministère du Travail dans lequel on entend un homme, apparemment très content de son sort qui dit haut et fort “Moi, ce mois-ci, j’ai travaillé 4 heures de plus par semaine parce que mon patron avait des commandes urgentes à honorer et grâce à cette aubaine tombé des cieux, j’ai touché 183 euros net en plus“. Rendez-vous sur le site blablabla.com pour en savoir plus blablabla.
Regard de bovin, mais c’est quoi cette histoire. J’entends en fait tout autre chose. Quelque chose dans le style “Moi, ce mois-ci, j’ai travaillé 4 heures de plus par semaine parce que mon patron avait des commandes urgentes à honorer et qu’il commençait à faire dans son caleçon parce que les pénalités de retard vont gréver son budget vacances et cette année encore il ne pourra pas partir en République Dominicaine comme il y a trois ans et qu’il doit faire réparer son 4×4 et grâce à cette aubaine tombé des cieux, j’ai touché 183 euros net en plus, mais je n’ai pas beaucoup vu mes enfants, je tombais de fatigue devant le journal de Claire Chazal et du coup j’ai même pas pu regarder la Méthode Cauet. En plus de ça, je n’ai toujours pas été augmenté et mon patron a dit à son client que c’était mon manager qui avait tout fait, mais à part ça je suis heureux parce que j’ai touché 183 euros net en plus ce mois-ci“. Travaillez plus pour gagner plus, le rêve de toute une génération devient enfin possible, moi qui pensais que l’avenir était plutôt à l’augmentation des salaires, je tombe de haut.
Les grèves sont terminées et tout semble se passer comme s’il ne s’était rien passé, j’entends une fanfaronne rire sur le fait qu’elle n’était plus habituée à prendre le train et que finalement ce n’était pas si mal de prendre la voiture – ben va-y cocotte personne ne t’oblige et je me dis que le type qui conduit ce train est peut-être aigri de n’avoir pas eu gain de cause et d’avoir perdu 183 euros net a minima et qu’il va peut-être mener son train directement dans la Seine par un malencontreux coup de volant, et je me vois mal finir ma vie de cette manière parce que moi bordel ! Je suis avec vous, les gars… !! Du coup, je ne peux m’empêcher de m’adresser à mon voisin qui lit un étrange petit livre bleu sur lequel est inscrit “Comment lire un bilan” et je me dis que ce type ne doit pas savoir lire un bilan, mais en même temps un bilan, ce ne sont que des chiffres non ? et je lui dis Pensez-vous ainsi que le disait Slavoj Žižek que le bouton qui accélère la fermeture des portes de l’ascenseur est un placebo destiné à donner l’illusion à celui qui appuie dessus qu’il participe du mouvement de l’appareil ? Nan parce que dans ce cas là, je me demande si vous et moi ne serions pas des placebo donnant l’impression à la société cette fourbe que nous sommes ces instruments participatifs ? Pas de réponse et beau regard d’ange de bovin (bis)
Je me console tout seul le nez replongé dans mon livre et en apprenant qu’avant de se jeter à corps perdu dans la philosophie et dans la géométrie, Pythagore avait raflé tous les prix de pugilat aux Jeux Olympiques – et dire que j’ai passé toutes ces années de collège à tenter de comprendre un théorème proféré par une brute de catcheur dont il ne reste que des carrés et des sommes de carré de côtés !!!
Enfin bref, comme disait Mr Nicolas au café de l’Etrier, le carré de l’hypoténuse que si l’on Sancerre !! Rire gras.

grève, 4ème jour

Blog en grève

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Non, ceci n’est pas une autre ânerie de ma part. Mettre un blog en grève n’a pas réellement de signification en soi, parce que je n’ennuie personne à le faire. Au contraire, certains en seront peut-être soulagés. Toutefois, je profite de cet événement pour mettre mon blog au repos, tout simplement parce que j’ai besoin d’un peu de repos, que le travail me crève plus que de raison et que j’ai besoin de faire un break.
Par ailleurs, je tiens à signaler que je soutiens entièrement le mouvement de grève actuel et que je l’encourage vivement. Je ne fais pas partie de ces Français qui ont amené le Président actuel au pouvoir, ni de ceux qui pensent que les avantages sociaux sont à niveler par le bas. Je ne fais pas non plus partie des gens qui pensent que parce que l’espérance de vie augmente, nous devons en subir les conséquences et attendre la mort en bleu de travail, tout simplement parce qu’un corps humain est ainsi fait que la fatigue l’engourdit lorsque l’âge l’étreint. Je ne fais pas non plus partie de ces gens qui pensent que les grévistes sont des emmerdeurs et qu’il faudrait les exterminer, et qu’au contraire le secteur privé, aidé des politiques, a tout fait ces dernières années pour comprimer le syndicalisme et la contestation, que se révolter contre des mesures injustes est un droit, voire un devoir lorsque ce sont les générations d’après qui sont impactées.
Partant de ça, je vais me mettre au vert quelques temps, histoire de ne pas m’éparpiller.

EDIT (16 novembre): 3ème jour de grève. Voilà.
EDIT (17 novembre): 4ème jour de grève. Et si après tout, il suffisait d’écouter un superbe morceau d’Henry Mancini et se dire que finalement que la vie est plus simple qu’il n’y paraît…

Prora, ou la prétention nazie à maîtriser l'architecture

L’idée aurait pu être bonne, et ce qui aurait dû en découler était inscrit dans un projet plutôt social – si tant est que l’on ne colle pas à ce mot le mot “national”.
Prora
, à l’origine, c’est une langue de sable recouverte de bruyère, un site exceptionnel en bordure de la Mer Baltique. Pourtant, Prora résonne d’une toute autre manière. C’est un site que les Allemands se sont évertués à détruire consciencieusement en y construisant un complexe de béton, entre 1936 et 1939, long de près de 5 kilomètres. Prévu pour accueillir vingt-mille familles de travailleurs allemands en villégiature au bord de la mer, les huit bâtiments constituant le complexe sont non seulement d’une laideur sans nom, mais en plus n’ont jamais été utilisés comme tels.
La moitié des bâtiments est aujourd’hui à l’abandon et commence à se délabrer de manière inquiétante. Ce qui est non moins absurde, c’est que l’ensemble “architectural” – terme à utiliser avec des pincettes – a reçu lors de l’Exposition Universelle de 1937 le Grand Prix de l’Architecture. On croirait rêver.

Via Anarchitecture.

Prora

Fabienne et moi avons décidé de vous emmener dans un tour du monde virtuel. Vous pouvez suivre les étapes de ce voyage sur Google Maps.