Vide, froid, sombre et silencieux

Seashore

Personne n’est obligé de lire.

Il y a des jours, voire des semaines, où je me sens comme mort. Parfois, j’ai l’impression que ma vie fonctionne sur un mode parfaitement réglé, dramatiquement lié à deux choses complètement antinomiques. L’activité et le repos. L’ébullition et le calme plat. Le tout et le rien. Et au milieu ? Absolument rien, le néant, la stricte béance du vide éternel.

Je me surprends parfois à ne rien faire, le regard dans le vide, une tristesse indicible accrochée au coeur, je ne fais qu’être là à ne rien faire, tandis qu’autour le monde continue de tourner beaucoup trop vite. Je m’imagine tenter d’éprouver des sentiments que j’ai du mal à comprendre, comme la colère ou l’envie, et c’est dans ces moments que je me sens complètement vide.

Le froid m’envahit, je n’ai pas réussi à me réchauffer de toute la journée et pour le coup j’ai comme la sensation de devenir un bloc de glace incapable de ressentir quoi que ce soit ; je sens mon regard se durcir, les muscles de mon visage se contracter et des ridules apparaitre aux coins des yeux. Le silence se fait autour de moi, capable de faire abstraction totale du moindre souffle. Les ténèbres s’ouvrent, béantes. Le vide apparait dans toute sa splendeur, en majesté…

J’aimerais qu’on s’approche de moi, qu’on me murmure des mots à l’oreille, qu’on me prenne la main, qu’on frôle ma joue avec un baiser, j’aimerais sentir la chaleur et l’orgueil d’être important, mais au bout du compte, je sais que je ne donne pas assez aux autres pour qu’ils me donnent à leur tour. Je ne récolte que la tempête qui m’est impartie, l’ivraie que l’on donne aux pourceaux.

Je suis froid comme le métal, et j’en ai honte… et l’aube me dira le contraire.


Je sais que je devrais parler mais au bout du compte, à chaque fois que je commence à élaborer une tentative d’explication, je me retrouve comme un idiot à ne pas savoir quoi dire. Et puis dire des silences est un exercice que je ne veux pas provoquer.Pourtant, le silence me dégueulasse le teint. Je ne trouve à parler qu’à mon gobelet de café, ce salaud qui absorbe tout sans mot dire. C’est quoi, finalement? C’est l’air du temps? Le bonheur impalpable? La France qui m’ennuie? La grisaille? C’est tout et rien. Je cherche une explication qui me va, c’est ça. C’est tout et rien en même temps. C’est du repli, de la réclusion à la fois intentionnelle et passive, du manquement exacerbé aux obligations sociales humaines les plus élémentaires, du rejet excessif et passionnel, de l’enfermement cyclique avec lequel je dois composer.C’est bien joli les grands discours, ah oui, ça c’est beau, mais ce ne sont que les circonvolutions d’une rivière autour d’un rocher. Aucun moulin n’est entrainé, aucune roue ne tourne et pourtant, l’eau continue son chemin inexorable.

Mais demain, toujours demain, j’ouvrirai les yeux et l’onde de choc aura disparu, je me tournerai à nouveau vers le monde, trop peut-être, je donnerai, je serai, je vivrai et puis ça recommencera certainement.

Je suis froid comme le métal, et j’en ai honte…

2 Replies to “Vide, froid, sombre et silencieux”

Leave a Reply